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Artisan orfèvre des mots Spécialisée en filigrane.

dimanche 16 avril 2017

Chronique : Un autre regard sur les dons




Mon billet est pour ces hommes et ces femmes dignes qui ne demandent pas la charité.
Ils n’ont que faire de notre condescendance, notre pitié et notre morale variable. Ils tracent leurs chemins, loin de nos tumultes, loin de nos mesquines préoccupations, et ont un seul et unique objectif : survivre et nourrir leurs familles.
Alors quand nous venons les voir, avec nos petits dons et nos aides temporaires, ils les acceptent, non parce qu’ils pensent que ça va changer leurs vies, mais pour nous rendre la politesse. Accepter les choses qui leur sont inutiles parfois, ils font ça pour nous faire plaisir. Ils ont cette générosité, cette noblesse de l’âme, qui les fait sourire et reluire la bonté dans leurs prunelles. Ils les prennent parce qu’ils savent que la joie la plus importante est celle de donner, ils les prennent, et je dirais presque, par compassion pour nous.
Car croyez-vous un instant que ce que vous offrez va transformer leurs vies ?
Croyez-vous qu’une fois partis, une fois les lumières éteintes, ils vont aller mieux ?
Aussitôt donné, aussitôt distribué et consommé. Eux qui n’ont rien, dans leur quotidien, partagent sans compter. Du quignon du pain qu’ils gagnent laborieusement, aux vêtements mille fois rapiécés qu’ils se passent de l’un à l’autre. Ils sont bien plus grands, bien plus dignes, bien plus généreux. Je le vois tous les jours à leurs comportements, à cette flamme qui s’allume quand l’un d’eux est encore plus dans le besoin, à ces plateaux de thé et aux simples galettes qu’ils offrent, si on prend juste la peine d’entendre leurs histoires.
Alors oui, ils sont nécessiteux et vivent dans la précarité. Mais la richesse de leur cœur excède très souvent la nôtre. Ils la partagent sans compter et en font bénéficier leurs voisins, leurs connaissances et tous ceux qu’ils croisent. Que serait la vie, que serions-nous, si cette bienveillance, cette solidarité, devait attendre nos rebuts, l’excès de nourriture de nos frigos, ou encore notre bon loisir ?
Doit-on pour autant les abandonner, les laisser soulever seuls leurs fardeaux, sans contribuer un tant soit peu à l’alléger ? Doit-on se montrer plus charitables ?
Je dirais que chacun trouvera sa réponse, celle relative au sentiment qui lui correspond le mieux, et que ce texte aura effleuré. Mais je remplacerai le mot faire un don par faire son devoir. Car ils nous le doivent, même s’ils ne réclament rien.
De leurs vies simples, et leurs croyances encore plus simples, ils ont cette conviction que leur souffrance sur terre sera allégée au ciel. Ils acceptent leurs destins comme une épreuve pour aspirer à rentrer au paradis.
Mais nous, qui avons eu la chance d’une naissance plus avantageuse, nous avons le devoir de nous montrer justes. De réclamer, de revendiquer afin d’améliorer leurs conditions de vie. De nous battre pour la décence de leurs logements, pour qu’on leur octroi les mêmes droits, que ceux dont nous jouissons. Et que le mouvement de solidarité soit national, pour qu’ils puissent au moins nourrir et vêtir, soigner et éduquer leurs enfants, aux mêmes standards de qualité que les nôtres.
Ils sont nos frères et sœurs, et l’âme de la société qui nous fait vivre. Nous avons autant besoin d’eux qu’ils ont besoin de nous. Les oublier, c’est pervertir le message de notre passage sur terre, nos propres aspirations, et notre conscience. Les oublier c’est perdre notre humanisme.
Les oublier surtout, c’est prendre le risque d’une vague de fond, d’un soulèvement, dont nous ne sortirons pas indemnes.


jeudi 30 mars 2017

Lettre ouverte à Messieurs les Chefs des partis politiques de la coalition



Lien de l'article publié au Huffington Post : http://www.huffpostmaghreb.com/meriem-h-hamou/messieurs-les-chefs-de-partis-politiques-noubliez-pas-les-femmes_b_15703524.html?utm_hp_ref=maroc


Messieurs,
Permettez-moi de vous envoyer cette lettre de la dernière chance, puisque nous semblons nous diriger vers un gouvernement formé par vos honorables partis politiques, pour vous exhorter à ne pas oublier plus de la moitié de la population de notre beau pays.
Est-il permis d’espérer une meilleure représentativité de la femme dans le prochain gouvernement, ou allons-nous encore enterrer le dévouement et les ambitions de plus de la moitié de la population, qui compose notre société, sous des prétextes fallacieux ?
Ma question part du postulat que nous avons vu notre chef de gouvernement, nouvellement nommé, entreprendre des pourparlers avec toutes les formations politiques, que notre pays possède, comme il l’a lui-même affirmé. Il a adressé des invitations aux partis représentés au parlement, et a "oublié" une chef de parti, certes avec deux représentants seulement, mais il n’empêche, c’est la seule femme que nous possédons sur notre scène politique. Notre crainte est donc justifiée que vous ne versiez dans le même sens, et que ce scénario ne se répète au sein même de vos partis. Surtout lorsque l’on sait qu’aucun de vous, membres de la coalition, n’a cru bon de faire participer des femmes au stade des négociations déjà.

Messieurs,
Vous n’êtes pas sans savoir que les droits des femmes ont beaucoup reculé ces dernières années. Est-il nécessaire de rappeler qu’on a été invitées à rentrer dans nos foyers afin d’en être les lustres ? Et que la ministre qui représente les droits des femmes est membre du parti le plus conservateur ? N’y voyez-vous pas une contradiction avec les idées libérales que devrait prôner ce genre de fonction, et un recul de nos libertés individuelles ?
Une femme qui se contraint religieusement ne peut nous représenter. Loin de stigmatiser celles qui portent le voile, ou un quelconque reproche personnel que je peux lui faire, je considère que ce genre de convictions doit être du domaine du privé. Et bien que je respecte celles qui voudraient se conformer aux préceptes auxquelles elles croient, leurs sensibilités religieuses ne devraient pas interférer dans le domaine public, et encore moins dans celui de la représentation politique.
Afin de rester dans l’esprit de cette lettre ouverte et ne parler que des droits des femmes, d’autres progrès notoires ont été bafoués et le sont encore tous les jours. Et pour et ne citer qu’un exemple concret : le nombre de plus en plus important chaque année de femmes contraintes à la polygamie, par non-conformation à l’article 42 de la Moudawana de 2004.
Sans parler de celles qui se font agresser tous les jours par leurs maris afin qu’elles signent l’autorisation qui leur permet de se remarier, l’article 16 de cette même Moudawana, qui devait constituer l’exception pour enregistrer les mariages qui se faisaient dans les régions reculées par la simple Fatiha, a été détourné de sa fonction pour devenir la règle, lorsqu’un homme veut devenir polygame. En effet, il lui suffit d’avoir des enfants de sa maîtresse, ou seulement de la faire tomber enceinte, pour que les juges outrepassent la procédure normale (c. à. d l’article 42) et déclarent le mariage valide. Faisant cela, ils envoient une simple notification pour seulement information à la première épousée. Le divorce ne constitue donc plus un droit pour la première épouse lésée, et relève alors de l’appréciation du juge, qui peut ne pas l’accorder, en l’occurrence. L’abrogation de cet article 16, qui devait à l’origine avoir une durée de validité de cinq ans, a été prolongée de cinq nouvelles années en 2014.

Messieurs,
Vous n’êtes pas sans savoir que la femme est aussi intelligente et aussi compétente que l’homme. Faut-il rappeler que nos Marocaines se distinguent dans tous les domaines, que ce soit celui de la recherche scientifique, celui de la finance, ou encore de l’industrie, la culture et même de l’administration. Citons seulement l’exemple du chef du patronat marocain. Elles sont cependant sous représentées au sein des bureaux de vos partis politiques, malgré leurs compétences prouvées et leur nombre, de plus en plus croissant, dans les rangs de vos militants. Votre prédominance ne leur laisse pas la possibilité d’accéder à de plus hautes fonctions, et elles sont paradoxalement mises à l’ombre malgré les efforts et le travail incroyable qu’elles fournissent. Certes, quelques partis font des efforts pour les mettre en avant, mais c’est seulement afin de remplir l’obligation que vous avez d’en présenter lors des campagnes électorales.
Est-il nécessaire de rappeler enfin que l’un des principaux indicateurs de développement et de progrès d’un pays réside dans la représentation des femmes aux plus hauts postes de responsabilité ?
Et alors que nos princesses sont nos meilleures ambassadrices et s’échinent à donner l’exemple par leur engagement dans le cadre culturel, caritatif et associatif, faisant tout pour refléter une image moderne d’ouverture et d’égalité de notre pays, nos femmes du champ politique, qui sont militantes et dévouées pourtant, sont pratiquement inexistantes dans les plus hauts postes de responsabilité politique.
Pour notre part, nous ne demandons pas encore la parfaite parité dans la distribution du portefeuille, mais au moins que notre représentation soit plus visible, qu’elle accède au pourcentage minimum de 30 %. Que nous nous sentions citoyennes à part entière, avec un courant nationaliste glissant dans nos veines, et représentées par de vraies militantes, et non des personnes choisies au hasard dans la société civile, comme c’est si souvent le cas, en donnant quelques petits postes ou Secrétariats d’État, afin de croquer une image, fallacieuse par essence, du progrès de notre pays.

Messieurs les chefs des partis de la coalition, et vous Monsieur le Chef de notre gouvernement,
J’ai du respect pour vos personnes et les partis que vous représentez, et beaucoup d’ambition pour mon pays, veuillez alors pardonner mon franc parlé. Et si je prends la liberté de vous faire part de mon sentiment, c’est seulement parce que je voudrais le voir entrer de plain-pied dans le grand concert des nations. Je peux en parler d’autant plus sereinement, que mon appel n’est motivé de la moindre velléité d’ambition de poste quelconque, ni personnel ni pour mes proches. Je suis une simple citoyenne, ne possédant aucune étiquette politique, et engagée seulement civilement.
Vos rangs sont riches de femmes de grande expertise et de valeur indéniable, et vous avez l’obligation éthique d’abord et même constitutionnelle de les mettre en avant. Pas seulement pour les petits postes tels que les Secrétariats d’État ou Sous-Secrétariats à la femme, logement ou famille, mais également dans d’autres ministères plus importants, tels que l’Éducation, le Commerce et l’Industrie, la Finance, la Justice et bien d’autres encore…
Ce n’est pas un hommage que je vous demande de leur rendre, c’est une question d’équité, d’égalité des chances, de droits de l’homme. Faites-les remonter par l’ascenseur, et faites-nous entrer enfin au 21ème siècle. Il y va de notre crédibilité en tant que pays qui veut rivaliser avec les autres nations, et qui se prétend sur la voie de la modernité et des droits internationaux.
De grâce, faites-le ! Il serait dommage de rater encore ce rendez-vous avec l’histoire, de vous priver, et de nous priver, de ces excellentes compétences.


dimanche 19 mars 2017

Nouvelle : Alarme de réveil


😍 Avertissement de l'auteur : Toute ressemblance des personnages premiers, secondaires ou même tertiaires, avec des personnes que les lecteurs ont connu, connaissent où seront amenés à fréquenter, est purement fortuite 😉 .





La vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais un chemin tortueux, parsemé sans doute de quelques clairières, mais où prédomine le noir sur le coloré cependant. Ainsi pensait Dounia ce soir, jeune déléguée médicale de son état, après avoir pris un dîner frugal composé d’une pomme et d’un yoghourt nature seulement. Elle n'avait pas d'appétit, ni n'arrivait à bien dormir. Et même lorsque cela survenait, ses nuits étaient peuplées de cauchemars qui la laissaient épuisée au matin.
Elle n’était pas au bout de ses peines. Chaque matin lui laissait plus d’amertume que de soulagement d’avoir émergé. En réalité, le sommeil l’avait presque déserté, et elle vaguait dans une demi-teinte d’inconscience, peuplée d’imagination débridée et de monstres ayant figure humaine, qui la vidaient de sa substance. La sonnerie du réveil la pilonnait tous les matins, mais elle ne voulait pas la changer. Outre qu'elle la faisait émerger de sa torpeur de manière efficace, elle lui rappelait ses priorités dans la vie.
Le traumatisme affectif survenu quelques jours plus tôt l’avait rendue morose. Ses amies essayaient de la secouer pourtant, mais c’était peine perdue. Et plus ils s’acharnaient à l’amuser, plus elle éprouvait du dégoût contre elle-même d’abord de ne pas répondre à leurs sollicitations, ensuite contre la perfidie du destin , qui plaçait toutes sortes d’entraves sur son chemin. Elle faisait semblant de sourire en leur compagnie, mais bien au fond, elle pleurait de rage d’avoir une nouvelle fois laissé son imagination croire que l’amour, la générosité et la bonté existaient autrement que dans les contes pour enfants crédules.
Elle avait un chagrin de cœur, ou plutôt un chagrin de ne pas trouver l’âme sœur. Voilà l’histoire. La personne à qui elle avait fait suffisamment confiance pour entrebâiller la porte de son destin l’avait déçue au plus haut point.
Tout a commencé lorsqu’elle assista au mariage de son amie d’enfance Yamina. Sa copine avait le même âge qu’elle et partageait des idées similaires sur la vie, jusqu’à ce qu’elle décide de sortir de manière forcée de son célibat. 
Yamina était bien plus frivole que Dounia auparavant. Mais, déterminée à trouver un mari, elle se voila un jour. Et on la vit à chaque appel à la prière se diriger tête baissée vers la partie femme de la mosquée.
Sa motivation ne s’arrêta pas là. Elle lia connaissance après la prière avec les dévotes comme elle, et commença à fréquenter les cercles féminins de lectures du saint Coran, ainsi que ceux d’explications et d’apprentissage du texte divin. Il y en a même qui organisent des après-midi d’incantations et de chants de vénération ; ce qu’elle trouva extrêmement agréable, puisqu’ils lui rappelaient la musique andalouse qu’elle aimait bien.
Décidée enfin à mettre toutes les chances de son côté, elle se paya même - très cher -, un ravalement de son mur gynécologique et rétablit la cloison, garante de pureté pour les esprits qu’elle fréquentait désormais.
Elle était fin prête au bout d’un certain temps. Voilée dans toutes les nuances du terme, de tête en cape si l’on peut dire, ne lui restait que la rencontre du mari, ciblé dans la réduite catégorie de ceux qui continuait à convoler encore de nos jours.
Et c’est ainsi que l’époux surgit. Une connaissance de connaissance avait un cousin. C’était un oiseau grave, timide et un peu bizarre, qui ne sortait le soir que pour venir en aide aux défavorisés qui avaient perdu le droit chemin, mais la jeune fille n’était pas regardante.
En deux temps trois mouvements tout fut arrangé, et Yamina épousée. La supercherie ne transpira jamais. Et ce n’est pas la jeune déléguée, amie et confidente de toujours, qui l’aurait dénoncée. Elle admirait même sa persévérance à obtenir ce qu’elle voulait par les moyens les plus détournés. Yamina ne supportait pas son enfermement post-marital, mais c’était le prix à payer pour enfanter. Car c’est bien ainsi qu’elle le présenta à son amie : puisque dans leur cher pays on ne pouvait être libre d’avoir des enfants comme on voulait, il fallait faire des sacrifices pour les avoir de façon légale.
Que lui importait de sortir avec un khimar pendant quelques années, si elle pouvait gagner un ou deux gosses, comme elle le lui avoua un jour. Se rebeller pour divorcer ensuite était un jeu d’enfant pour une personne qui avait autant de ressources qu’elle. C’était si simple de dire à son mari la vérité sur son passé, si la manipulation ne réussissait pas. Il la répudierait plus vite qu’il ne l’avait mariée, avec cet ultime argument.
C’était bien calculé de sa part. Et pour le moment, le mariage avait l’air de fonctionner, puisqu’avec le traitement de cheval que son médecin lui avait prescrit, elle attendait des jumeaux directement. Au final, son calvaire n’allait pas durer trop longtemps, avait-elle déclaré à son amie d’enfance.
Vu de cette façon, c’était en quelque sorte inspirant, avait pensé Dounia. Toute une philosophie de vie bradée au pas de l’instinct maternel de reproduction… Mais la jeune fille, ne se chauffait pas de ce bois. Pure elle était, et pure elle voulait le demeurer jusqu’à se faire remarquer pour sa sincérité et son cœur clair de toute vilenie. 
L’unique légère concession qu’elle céda à ses habitudes, était de commencer à mettre un petit foulard chic, qu’elle nouait à l’ancienne, sous le menton - comme elle voyait dans son enfance sa grand-mère le faire-, avec quelques mèches lâchées sur les côtés, et la moitié de la tête découverte. Et encore, jamais aux heures de travail. Seulement lorsqu’elle allait à la bibliothèque, ou bien quand elle faisait ses courses dans le quartier où elle habitait.
La raison qui avait motivé ce choix, était l’insistance d’un de ses voisins pour la saluer tous les matins, et sa façon de se retourner discrètement sur son passage. Quelques informations auprès du gardien de nuit, qui ne surveillait pas que les voitures, et elle apprit qu’il était célibataire et vivait au cinquième avec sa mère.
Elle sut également qu’il cherchait à terminer sa religion (ce qui en langage codé voulait dire se marier), qu’il était sérieux, se réveillait à l’aube pour aller à la mosquée et enfin qu’il était bibliothécaire.
Tout cela était fait pour l’attirer. Un érudit qui passait ses journées à lire, et avait à cœur de prendre en charge sa parentèle, donnait toutes les garanties de fournir un très bon compagnon à sa misérable solitude. Il était son sésame parfait pour entrer dans la vie de couple.
Elle ne précipita pas les choses cependant. Lui répondant de plus en plus gentiment à chaque fois qu’il lui adressait la parole sur le palier de leur entrée commune, elle observa ses manières également, et suivit même sa mère une fois jusqu’au marché, afin d'épier ses manières de se comporter dans la rue ou avec les vendeurs. 
Enfin, résolue à franchir l’étape supplémentaire qui la rapprocherait de lui, elle alla s’inscrire dans sa fameuse bibliothèque.
Cela l’avait pris comme ça. S’étant réveillée en forme un matin, elle décida de sauter ce pas. Et c’est armée d’une détermination à toute épreuve qu’elle se fit belle ce jour-là, et endossa ses plus chics habits pudiques et son petit foulard, comme ultime garant virginal.
Une fois inscrite à l’accueil, au rez-de-chaussée, elle monta le grand escalier et repoussa la porte vitrée, pour se trouver face à l’objet de son désir. La surprise était de taille. Elle n’avait pas présagé le trouver assis à l’énorme table de prêt qui trônait au milieu de la bibliothèque. Parcourue d’un spasme qu’elle n’avait jamais ressenti avant, et dont elle ne connaissait pas la provenance, ses genoux flageolaient pendant qu’elle franchissait les quelques mètres qui la séparaient de lui. Si elle avait pu, elle aurait sorti son aérosol de Ventoline, ne serait-ce que pour se donner une contenance et respirer mieux, mais un dernier fragment de sa conscience lui dit que ce n’était pas le moment de commencer à lui montrer ses défauts.
Ce qui l’aida néanmoins, et lui donna plus d’assurance, est qu’il la reconnut instantanément et devint tout penaud. Ses joues en rosissaient même un peu.
Ce n’était pas seulement une surprise mais également une jolie coïncidence, puisque le jeune homme était en réalité responsable de cette bibliothèque, et qu’il ne s’asseyait à cette table que pour remplacer son collègue des prêts pendant sa pause déjeuner entre treize et quatorze heures.
Après le salut chevrotant, des deux parts de la table, elle s’éloigna pour parcourir les deux salles qui composaient la bibliothèque. Et sentant les yeux de son prétendant lui transpercer le dos, elle flâna, arpenta tous les coins jusqu’à la médiathèque, et passa d’un rayon à l’autre, oubliant au fur et à mesure l’ordonnancement de l’alphabet, ainsi que la disposition par département et par sujet des différents livres qu’elle effleurait de vue au passage.
Une demi-heure plus tard, ayant pris deux livres un peu au hasard, du côté de la petite salle à gauche qui semblait contenir les romans, elle se présenta de nouveau chez lui pour faire enregistrer ses emprunts. Il insista pour dire qu’elle avait seulement deux semaines pour lire les deux livres - il avait remarqué que les volumes qu’elle avait choisis étaient épais -, mais elle sourit vaguement et déclara qu’elle était une grande liseuse, et par conséquent certaine de pouvoir les rendre avant la date prévue.
Tout cela fleurait l’optimisme, songea-t-elle en sortant du bâtiment. Elle avait noté sous le coude du bibliothécaire un livre ouvert, écrit en Koufi il est vrai, mais il n’empêche, il lisait et cela était fait pour l’attirer.
Et c’est ainsi que la jeune fille se mit à la lecture de toutes ses forces. Parfois, elle n’en pouvait plus et cherchait les résumés des livres directement sur internet. Elle craignait qu’il ne comprenne le subterfuge qu’elle avait utilisé pour se rapprocher de lui, et ne l’interroge un jour sur les livres qu’elle empruntait avec une cadence hebdomadaire.
On ne sait pas ce qui lui avait mis dans la tête qu’un bibliothécaire connaissait forcément tous les ouvrages entreposés dans sa bibliothèque. Consciente que cela était de l’ordre de l’impossible, quelque chose lui disait pourtant qu’il surveillait discrètement ce qu’elle lisait. Le léger soupçon avait germé un jour lorsqu’au bout du deuxième livre qu’elle essaya de prendre, le jeune homme prétexta, se faisant confus, n’avoir pas trouvé le code pour le passer dans le système informatique. Cela ne la dérangeait pas tant que ça, elle l’interpréta comme une manière de lui demander de changer de roman. Il cherchait à orienter ses lectures en priorité du côté des œuvres qu’il connaissait, se disait-elle. Ceux dont ils pourraient discuter par la suite, si leur relation se concrétisait un jour.
Elle remarqua également que la grande salle à droite du bureau central était réservée aux ouvrages à connotation sociale et religieuse. Pour sa part, elle se cantonnait à la petite, située à gauche, et qui comportait les romans de provenances diverses, de tous genres. Ce n’est pas qu’elle ne s’intéressait pas aux autres sujets plus sérieux, mais dans ce qui lui était tombé entre les mains auparavant il y avait tellement de contradiction dans les interprétations, qu’elle avait du mal à démêler le vrai du faux. Elle préférait, somme toute, vivre sa religion comme sa famille et ses proches, dans l'irrégularité des génuflexions, et la discrétion de son isolement.
Après un temps de cette relation exclusivement littéraire, le bibliothécaire se décida un jour et franchit le dernier pas qui le séparait d’elle. Il la rencontra un matin au bas de l’escalier de leur immeuble, et l’invita directement à prendre un café.
Inutile de dire que Dounia sentit son cœur s’envoler et des papillons battre des ailes dans son ventre. Elle rougit jusqu’au sang quand elle lui demanda quand. Ce à quoi il répliqua qu’il proposait ce soir, si elle était disponible, et lui donna le nom du café où il aspirait l’inviter.
La jeune fille passa la journée sur un nuage. Son rêve était en train de se concrétiser, l’amour trouvé, ne restait que le mariage. Ce qui ne saurait tarder, présageait-elle emplie d’espoir, après quelques sorties du même acabit que ce soir.
Tout se déroula à merveille d’ailleurs : ils discutèrent beaucoup et rirent également. En quittant les lieux plus de deux heures plus tard, ce fut comme si les astres étaient bien alignés. Le temps clément de ce mois de janvier fit le reste de la magie, et les étoiles brillantes qu’ils remarquèrent en repartant, chacun de son côté, pour ne pas éveiller les commérages, leurs laissèrent des empreintes dans les yeux.
Bientôt, se disait la jeune déléguée, bientôt je vais le présenter à ma famille et on officialisera notre relation. Ce que pensait également son bibliothécaire, excepté qu’il avait une petite réserve la concernant. Malgré tous ses efforts pour l’orienter dans les dédales des livres qu’elle prenait, elle semblait têtue, et choisissait assez souvent des œuvres qu’il ne voulait pas la voir lire.
Elle n’avait toujours pas compris qu’il préférait qu’elle aille exclusivement dans la grande salle à droite, tandis qu’elle s’obstinait à visiter la gauche, n’en faisant qu’à sa tête. Elle lui plaisait beaucoup. Fraîche et spontanée, elle avait une touche ingénue qu’il appréciait. Elle avait su trouver la clé pour attendrir son cœur, il souriait de la bonté de son sourire, et des fois, seulement en percevant la fragrance de son léger parfum dans la cabine d’ascenseur. Il aurait suffi qu’elle prête plus attention à ce qu’il lui suggérait pour que son rêve à lui devienne réalité, se disait-il parfois pour s’exhorter à la patience. Alors qu’au sortir de rendez-vous, il lui semblait quelquefois qu’il allait directement tomber à genoux.
Son cœur épris ne lui montrait aucun autre défaut en elle, à part ses lectures de romans, que par expérience il ne prenait pas à la légère. Passe encore qu’elle ne mette pas tout de suite un foulard bien couvrant, sa préoccupation concernant l’esprit libre et subversif qui pouvait émerger de ce genre de lectures freinait son envie de lui faire sa déclaration.
Il finira par la façonner comme il voulait, se disait-il, et c’est ainsi qu’en y réfléchissant, une idée lumineuse lui traversa l’esprit. Il se traita même d’idiot de n’y avoir pas pensé auparavant. Ponctuer son circuit littéraire de livres de son choix, et disposer les ouvrages sérieux et éducatifs dans les travées, parmi les romans, étaient ce qu’il comptait faire. Il était maître des lieux après tout, et avait déjà changé beaucoup de choses dans la disposition de cette bibliothèque depuis son arrivée. Il aurait voulu l’homogénéiser entièrement pour qu’elle réponde aux meilleurs critères de l’éducation et de l’esprit droit, mais avait écouté ses supérieurs qui lui disaient qu’il fallait laisser une petite fenêtre aux esprits retors pour les attirer. N’est-ce pas comme cela que sa douce Dounia venait aussi souvent ?
Et c’est ainsi que notre déléguée commença à tomber sur des livres de principes et d’histoire religieuse au fil des classements par ordre alphabétique, dans les rangées qui n’étaient pas censées les détenir. Le doute la tarauda un moment, la ruse semblait trop évidente, et pour en avoir le cœur net, elle glissa à droite pour vérifier. Ce qu’elle y trouva confirma ses présomptions, l’échange n’avait pas été réciproque. Seule la petite salle était sujette à mutations.
Elle garda cela en mémoire sans y accorder grande importance, et quoique son esprit veuille y revenir quelques fois, elle le brima en se persuadant qu’il cherchait à l’intéresser aux domaines qu’il semblait bien maîtriser. Deux mois passèrent à ce régime, entre gentilles sorties et rencontres en bibliothèque, les choses allaient bon train. L’influence de son prétendant paya, elle commença à diversifier ses lectures, et la troisième fois qu’elle prit des livres qui le firent rosir de plaisir, il se décida et déclara tout de go, en pleine bibliothèque, qu’il voulait rendre visite à sa famille.
Dounia, comblée de bonheur et soulagée de l’aboutissement de son histoire, sentit ce jour-là que la terre avait changé d’orbite. Elle l’annonça à sa famille dès qu’elle le quitta, et commença à compter les jours qui la séparaient du samedi suivant. 
Voulant faire les choses bien, son presque fiancé lui téléphona le lendemain, pour dire que sa mère étant trop âgée pour choisir le présent qu’ils devaient apporter lors de leur visite, il espérait qu’elle se chargerait de cela avec lui. Notre amie bondit de joie à cette annonce. Il semblait lire dans ses profondes pensées, sa dernière crainte concernait ce qu’il allait ramener justement. Elle appréhendait la réaction de sa famille, très exigeante sur les codes de bienséance, et prompte aux critiques malveillantes.
Ravie de l’assister, elle lui proposa de passer le prendre en voiture le lendemain après le travail. Ce qu’elle fit effectivement, en traversant la ville dans un état de rare félicité.
Et c’est ainsi que contrairement à son habitude de venir à l’heure de sa pause déjeuner, elle se présenta à la bibliothèque à dix-huit heures trente et la trouva fermée. Une page imprimée était scotchée sur la porte en verre, et elle disait qu’ils étaient tous à la prière, et demandaient aux gens qui lisaient l’écriteau de les rejoindre dans la petite salle servant de mosquée. Suivait un plan pour la situer dans le bâtiment.
On ne sait pas vraiment ce qui a interpellé la jeune fille à la lecture de cette feuille, elle en avait vu des similaires plusieurs dizaines de fois. Des guichets se fermaient dans certaines administrations, des bureaux se cadenassaient à clé à la mairie ou dans les arrondissements dès le premier appel à la prière. Une fois, elle avait fait partie d’une file qui atteignait la porte, pour le seul guichet "de garde" dans une banque pourtant centrale, et ce n’était même pas un vendredi ce jour-là ! Elle avait l’habitude de voir se répéter ça aux heures du Dohr et du Asr, mais c’était la première fois qu’elle le voyait pour le Maghreb. Ils devaient donc en faire de même pour L’Ishae, puisque la bibliothèque ne clôturait ses portes qu’à neuf heures du soir.
Est-ce cette surprise là qui l’a secouée ? Ou le fait que toute une salle de bibliothèque ferme à ces heures-là ? Toujours est-il que Dounia dévala les escaliers comme une dératée, sortit en trombe du bâtiment, ouvrit fiévreusement sa voiture, et s’abritant là, transpira comme un buffle.
Puis, retirant son foulard avec rage, elle commença à réfléchir de manière pragmatique à sa situation. Et c’est ainsi que le voile qui lui obscurcissait la vue se déchira un peu, et qu’elle pu entre-apercevoir le bateau où elle allait s’embarquer.
Une fois rentrée, même la douche froide, qu’elle s’imposa, n’améliora pas son anxiété. Que se passerait-il si elle se mariait avec quelqu’un qui mettrait toujours son devoir religieux avant tout ?
Parce qu’elle se rappelait des histoires, racontées notamment par sa mère, après le pèlerinage qu’elle fit quelques années plus tôt à la Mecque. Elle lui avait dit que les magasins ferment là-bas dès l’appel à la prière. Et que parfois, les commerçants arrachent la marchandise des mains de leurs clients pour tirer leurs rideaux rapidement et étendre leur tapis sur le trottoir directement. Ils étaient passibles de coups de fouet ou de bâtons, d'après elle. Certains vendeurs avaient avoué à sa mère, qui pouvait faire parler des chinois en langage des mains, qu'il risquaient même se voir confisquer leur commerce. D'ailleurs, seules les femmes qui pouvaient se prétendre impures continuaient à marcher dans la rue, à ces heures-là.
Sa mère lui avait également raconté qu’une fois, en plein trafic, le chauffeur de son taxi s’était arrêté au milieu de la chaussée pour faire de même. Et il n’était pas le seul, toute la circulation de cette zone avait été paralysée pendant un long moment. Le temps de démêler toutes les voitures après la prière, avec des policiers qui sifflaient, à se décrocher le gosier, et utilisaient leurs matraques pour taper sur les automobiles et les obliger à suivre les circuits et détournements qu’ils voulaient leur faire faire, le trajet lui prit près de deux heures.
Dounia se coucha prise d’une fièvre ce soir-là. Et après avoir éteint son portable, afin de ne pas être importunée, son imagination prit le relais lors de son endormissement. Elle vit le monde entier devenir comme ça. Les détails qu'avaient racontée sa mère lui revenaient en mémoire, et spécialement les flagrants paradoxes qu'elle avait vécue : comme ce magasin de lingerie fine ouvert à l'entrée du Mall face à la porte la plus importante de sortie de la grande mosquée. Elle visualisa un tiraillement de bonnet C entre le vendeur et sa cliente, dès le premier cri du Mouweden et bien d'autres choses encore...
Puis, ni d’une ni de deux, et voilà la jeune fille de poursuivre ses divagations jusqu’à se voir mariée avec le bibliothécaire et en train d’accoucher. Le médecin lui demandait de pousser pour expulser le bébé un temps, et hop ! il disparait l’instant suivant. La douleur lui tord les boyaux, l’enfant voulait sortir, mais personne ne semble là pour l’accueillir. Elle crie, elle pleure, elle peste, mais en pure perte, aucune âme n’est présente. La tête du bébé s’était engagée, avait glissée, et son corps était coincé tandis qu’elle poussait en vain. Elle pousse de toutes ses forces pour l’évacuer, et elle était seule…
Elle pousse, elle pousse et une alarme se mit à hurler. Elle crie pour la couvrir, pour se faire entendre, mais les couloirs aussi semblent vides. Elle transpire, se relève, essaie de tirer son bébé, mais la tâche est impossible. Elle souffle, elle souffre, elle se déchire, et c’est alors que la lumière se fit.
Ouvrant les yeux enfin, elle se découvrit au sol, entortillée dans ses draps mouillés, comme dans un linceul, avec un cœur parti au galop et des oreilles qui tintaient encore de l’écho de la sonnerie. Le sentiment d’avoir expulsé quelque chose était toujours présent, mais Dounia ne disposait pas pour l’instant de suffisamment de lucidité pour lui consacrer un nom.
Et c’est en serrant ce même drap autour d’elle, qu’elle expira longuement de soulagement en réalisant que ce n’était qu’un cauchemar. Se relevant péniblement pour éteindre le réveille-matin avant qu’il ne se déclenche de nouveau, elle prit la définitive et grave décision, de rompre toute relation avec le jeune bibliothécaire.



mercredi 8 mars 2017

La journée de la femme

http://www.huffpostmaghreb.com/meriem-h-hamou/de-quoi-la-journee-de-la-femme-est-elle-le-nom_b_15257136.html?utm_hp_ref=maghreb


La journée de la femme est tout d’abord pour moi celle de la communion et du partage, ainsi que des manifestations pour rehausser notre image. Une journée pour fêter le droit de parler sereinement, d’expliquer ce que l’on ressent sans être catalogué de sexiste féministe, et où l’on peut même se payer le luxe d’être irritantes. Une journée de sororité et de solidarité entre membres considérées depuis toujours comme faibles et inférieures, et qui tiennent cependant la moitié des responsabilités.
La liste n’est pas exhaustive, mais voici quelques-unes de mes différentes impressions ainsi que sentiments, à l’évocation de cette miraculeuse journée.

Une journée de goût avant tout, pour toutes ces tendres mères qui concoctent cent plats délicieux des quatre cinq ingrédients dont elles disposent. Elles inoculent la variété de bouquets et de parfums dans les papilles de leurs enfants. N’y voyez-vous pas une forme de sédition ? Cultiver la saveur, multiplier les arômes est aussi essentiel que de nourrir les ventres creux. C’est une introduction à la notion de diversité.
Une journée de courage pour celles qui travaillent à l’extérieur. Et particulièrement, celles qui touchent les aires chasse-gardées des hommes. Je pense notamment aux agricultrices, aux balayeuses de rues, à ces conductrices de train de taxi et de bus, et ces petites mains qui travaillent dans les ateliers de menuiserie et de mécanique. Juste pour montrer que lorsqu’on veut on peut, et qu’il n’y a aucune différence dans l’ouvrage accompli, quel que soit le sexe de celui qui l’a exécuté.
Une journée de larmes sur ces opprimées, ces enfermées, ces spoliées de leurs droits. Celles qui se battent tous les jours afin de sortir des murs de leurs prisons, et qui ne trouvent ni épaules réconfortantes pour les aider, ni même oreilles attentives pour compatir de leurs conditions. Un rappel pour les secourir, les entourer, et les assister.
Une journée de joie pour celles qui ont tout et en demandent davantage. Toujours plus, des bribes que certaines autres ne songent depuis longtemps plus à réclamer. Seulement pour donner au rêve une base concrète, et que chacune puisse prendre exemple, repousser les limites, et s’enorgueillir d’explorer les infinies possibilités ancrées en nous.
Une journée de colère pour faire part de mon aigreur contre celles qui acceptent tout et baissent les bras. De fureur contre celles qui n’aident pas, qui ne s’expriment pas, qui ne revendiquent rien. Une journée pour les secouer et les réveiller afin qu’elles comprennent que tout ce qu’elles pourraient construire les abritera, et servira leurs filles, les filles de leurs filles, et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps. La résignation et l’avarice sont parmi les pires fléaux qui affligent l’humanité.
Une journée de compassion pour toutes celles qui sacrifient tout, et dont l’altruisme pousse à renoncer même à leurs principes et morale. Prêtes à entrer en enfer s’il le faut, leur objectif premier est d’éviter de voir la famine habiter le corps de leur progéniture ; les couvrir et leur offrir un toit, devient leur seule priorité. Elles peuvent vendre n’importe quoi, font des étals d’objets dérobés parfois, et commercent même dans la contrebande. Et puis il y a celles qui pavent les rues et usent du négoce de leur corps, qui ne font pas ça par vocation mais par obligation, comme une ultime offrande afin de soutenir leurs familles. Une journée pour leur donner de la considération, pour estimer leur sueur, faire preuve d’empathie et les traiter avec déférence.
Une journée de fierté pour celles qui en sont sorties. Celles qui ont vaincu leurs tyrans, qui se sont relevées et ont brisé leurs carcans. Et pour celles qui ont entendu l’appel à la liberté et suivent les indélébiles empreintes ou joignent les rangs de ces femmes modèles que nous mettons sur un piédestal et admirons tant. Une journée de l’émancipation.
Une journée de soins naturels, de beauté et de développement personnel, pour toutes celles qui ont envahi ces domaines et qui brillent ces derniers temps comme des étoiles au firmament. Elles représentent l’esthétique et le raffinement, aussi bien le visible que l’enfouie dans les profondeurs de l’âme. Elles introduisent la joie et le sourire dans les cœurs les plus endurcis.
Une journée de l’harmonie et de tous les arts. De danse et musique, de lecture et écriture, de peinture et gravure, ainsi que des diverses expressions de la créativité, afin d’élever nos esprits au-dessus du balisé, du commun. Une journée de foisonnement, d’abondance et de fertilité pour toutes celles qui veulent laisser des traces derrière elles, que ce soit par des enfants, par des œuvres de bienfaisance, ou encore par des créations. Une journée d’altruisme, de générosité et de don de soi.
Une journée où l’on est debout, épaule contre épaule. Pas seulement entre nous, mais aussi dans la mixité avec nos frères. Ces hommes qui nous considèrent comme leurs égales et nous honorent de leur amitié. Qui nous respectent, nous défendent et donnent la priorité à nos revendications. Ceux qui se battent avec autant d’acharnement que nous pour faire entendre nos voix et plaident nos droits. Je profite de l’occasion pour leur témoigner ma gratitude et ma profonde considération pour leur grande conscience, et pour leur emboîtement aux pas de ce titanesque combat de la parité.
Une journée qui vaut tous les autres jours de l’année finalement. Une journée d’affection et d’amour pour vous tous qui me lisez. Une journée volubile pour les oratrices et les conférenciers du monde. Une journée de paix et de sérénité pour tous ceux que je connais et même ceux que je n’ai jamais rencontrés.

Une journée d’espoir pour terminer, afin que cette journée dure indéfiniment.


jeudi 16 février 2017

Tribune : Thérapie de groupe

http://www.huffpostmaghreb.com/meriem-h-hamou/therapie-de-groupe_b_14815892.html?utm_hp_ref=maroc


L’idée m’est venue comme un grand éclat de rire à la face de l’univers, comme un scintillement d’étoiles, pour effacer l’absurdité que traverse notre pays, avec les turpitudes de la misère politique. Je vais vous la conter simplement, mais auparavant je présenterais de quelle façon cette idée s’est tellement installée dans ma tête qu’elle est devenue virale. Elle est basique pourtant, et je m’étonne encore que personne ne l’ait suggérée avant.

Le salon de madame Tazi n’a rien de celui décrit par notre brillant artiste national Gad El Maleh. Madame Salwa Tazi est une écrivaine, qui anime un salon littéraire sur son mur Facebook, et qui m’a fait l’amitié d’accepter ma demande. Sur la toile, pour le moment, mais j’espère pouvoir la rencontrer un jour pour lui dire mon admiration de vive voix.
Ils sont plusieurs à faire cela d’ailleurs. Un formidable foisonnement de sessions culturelles se déroule actuellement sur internet. Cela va de la musique, à la peinture, l’écriture, la poésie… Des univers que je n’aurais pas pu toucher de près, même si j’habitais à Casablanca, parce que les manifestations ne sont pas encore suffisamment mises en avant. Et à propos de cela, j’en profite pour lancer un vibrant appel aux médias, afin qu’ils fassent un effort dans ce sens-là. Et pourquoi pas ? De créer une vraie radio culturelle. Je parle de radio, parce que je suis d’une génération qui écoute plus qu’elle ne regarde, et qui lit beaucoup. C’est donc également une façon de prêcher pour ce que j’aime.
J’en reviens au salon littéraire de madame Tazi qui a le courage d’ouvrir le dialogue et de lancer des débats, qui s’avèrent parfois houleux. Mais elle a cette élégance de savoir remettre chacun à sa place, de corriger, d’éviter les excès… Bref, c’est une réelle modératrice, dans le sens noble du terme.
Je vous assure que l’on y discute de choses très sérieuses. Cela n’a rien à voir avec ce qui se pratique dans certains vrais salons auxquels j’ai assisté, et où on commence par parler de l’œuvre d’un auteur et on finit par discuter de la nuance de couleur d’un vernis, et recette de petits gâteaux à la pistache.
Tiens, pour donner un exemple : La semaine dernière elle a lancé un débat sur le port de foulards… C’est dire la façon dont la séance était passionnante.
Pour ma part, je ne suis pas intervenue. Mais le nombre impressionnant d’interlocuteurs qui ont pris la parole m’a laissé pantoise. Les gens exprimaient ce qu’ils pensaient d’une manière ou d’une autre, racontaient leur façon de voir la vie… Ils y en a même qui répétaient ce qui était dit auparavant, parfois de manière lourde, et rebondissait sur une petite problématique déjà convenue… enfin, voilà. Ça n’en finissait pas, mais madame Tazi ne s’est jamais démontée, elle réagissait avec tout le monde, et on pouvait même deviner son sourire derrière ses réponses.
Pour certains, on sentait qu'ils avaient envie juste de s’exprimer. Faire entendre leur voix, écrire quelque chose sur cette toile au moins, pour que ça reste inscrit quelque part. En d’autres termes, j’ai considéré cela comme une manière différente de faire une thérapie de groupe.
On s’assoit en cercle, chacun dit ce qui ne va pas, et on essaye par ce moyen de trouver la meilleure solution. Parce que c’est connu, lorsqu'un problème est si complexe qu'il nous étouffe, et qu'on arrive à l’exprimer de vive voix, on le libère. Il a déjà moins d'importance. On arrive très souvent par ce moyen à le résoudre. Sinon, on recommence, on fait une nouvelle session, et ainsi de suite…
Ayant lu tout cela, et consulté d’autres blogs également, qui m’ont nourri l’âme de la médiocrité quotidienne et de certains comportements, j’ai eu une idée formidable. Pourquoi ne pas réunir tous les leaders politiques dans le salon de madame Tazi ?
On les met tous là et on les laisse discuter. Régler leurs petites chamailleries internes jusqu’à ce qu’ils sortent avec un résultat. Je propose même de laisser madame Tazi diriger le débat. En matière de calmer les esprits, elle s’y connaît très bien.
N’est pas malin ?
Parce que là on traîne, on traîne… Cela fait plus de quatre mois que le parlement est élu, et on ne voit pas le bout de la parcelle de la lueur d’espoir pour la constitution d’un gouvernement. Il n’est question que de chamailleries des uns et des autres, et de mauvaise foi. On se croirait dans une cour d’école. Je lis les journaux moi, et ces derniers temps, je ne vois rien qui puisse nous sortir de ce marasme.
Combien sont-ils en tout ? Une bonne cinquantaine, une centaine même ?
Ils ne peuvent pas, au nom de l’intérêt national, se mettre autour d’une table et discuter comme des grandes personnes ?
C’est dommage, ils ont raté le formidable village de la COP 22, ç’aurait été tout indiqué pour cela. Je propose même qu’on leur fasse monter un chapiteau géant. Au point où nous en sommes, c’est un moindre mal de dépense sur le budget de l’état.
L’avantage d’avoir tous les partis en même temps, c’est qu’ils peuvent déjà se séparer en deux clans. Deux groupes, comme une équipe de football. Toi tu vas à droite, toi à gauche, toi tu fais l’arbitre… et voilà.
Après cela, ceux qui choisissent d’être dans l’opposition s'en vont.
Mais une fois pour toutes ! Ce qui veut dire, ils ne partent pas un jour et reviennent le lendemain. Finis ! On choisit son clan et on accepte de jouer le jeu. On est des grandes personnes, on est responsable de ses choix politiques.
Messieurs : vous prenez tout un pays en otage ! Rien ne fonctionne, aucune loi ne passe, le parlement est au chômage et grassement payé par l’argent du contribuable… Autant dire, nos petites poches… etc. etc.
Wahhh ! Vous nous prenez pour des poires ou quoi ? On n’est pas des ballons de foot. Et si on l’était, il en faudrait 33 millions ! Vous imaginez, trente-trois millions de ballons de foot  en train de rouler par terre ? Les rues seraient saturées, il faudrait trouver un moyen de les stocker…
Donc, je continue mon raisonnement. Une fois que l’opposition s'éclipse, là c’est plus tranquille. Ils se retrouvent entre personnes qui sont censées avoir des points de vue assez proches. Ils restent là, et on ferme la porte. Ils ne sortiront qu’une fois le gouvernement constitué, avec une distribution générale de tous les portefeuilles ministériels. On leur apportera tout ce qu’il leur faudra en nourriture et boissons, et même des lits de camp si la discussion dure plusieurs jours. Ce sera notre conclave.
Ce n’est pas formidable, ça ?
Le Conclave des Partis Politiques Marocains. Ce qui fera en sigle CPPM. Un beau souvenir, que l’on pourra se rappeler au futur, avant de commencer à organiser les élections. On exigera que vous choisissiez vos camps et ensuite, nous voterons en étant sûrs d’être dans une tendance et pas dans une autre. Parce que là, c’est la pagaille.
Je continue donc. On va surveiller la cheminée de notre conclave, et tant que la fumée du soir sera noire, on patientera. Mais on sera rassurés, sachant que c’est pour la bonne cause. Le jour où ils émettront la fumée blanche, nous on explosera de joie. Vous voyez l’image ? Trente-trois millions de Hourras !!!
Tiens, je viens d’avoir une autre suggestion, pour le cas où ils ne trouveraient pas l’idée bonne. Ce serait une manière de les sensibiliser un peu à cette proposition, un clin d’œil en quelque sorte. Pourquoi on ne se donnerait pas tous rendez-vous un dimanche, et on décide d’allumer tous nos braseros ? Pas un grand rassemblement, juste des comités dans chaque rue, et quelques petites places.
Je vous assure, ce n’est pas bête du tout.
D’abord on pourrait appeler des sorciers pour désenvoûter le champ politique malsain. Leurs bonnes herbes peuvent être utiles il paraît, et sinon ça fera un formidable nuage de fumée âcre, qui va les atteindre et les faire tousser, afin qu’ils réfléchissent aux conséquences de leurs fâcheries sur nous.
Et puisqu’on y est, pourquoi ne pas faire un gros barbecue de l’amitié ?
Un dimanche, comme ça. Tout le monde sort son petit brasero et fait des boulfafs et autres spécialités de brochettes délicieuses de notre très bon terroir. Juste dans l’idée du partage et de la convivialité, on ne va rien revendiquer. On est des gens pacifiques et on aime bien la bonne bouffe.
Je suis sûre que si l’odeur les atteignaient, ils rappliqueraient ventre à terre. C’est connu, pour appâter le marocain, invite le pour un succulent plat de viande. On adore la nourriture et la bonne chair, personne ne peut résister à cela.
Enfin, on attendra qu’ils se soient bien sustentés, on leur demande d’entrer dans le chapiteau pour une petite sieste. Et hop ! On les enferme.

Ce ne sont pas des bonnes idées ça ? Vous en pensez quoi ?

dimanche 5 février 2017

Chronique : Le combat du jour et de la nuit. Episode 3




Mes derniers articles publiés sur le Huffington post m’ont valu une plus grande visibilité et des remarques de différentes sortes. Je vous rassure tout de suite, je ne suis ni harcelée ni menacée, mais il se dégage de certains commentaires, extrêmement minoritaires d’ailleurs, que je distille une certaine liberté d’esprit. Certains l’ont même qualifiée de vénéneuse, tandis que d’autres se demandent pourquoi j’ai parlé dans mon dernier article d’une chose aussi basique et usité chez nous que la séparation d’espaces dans les salons de coiffure.
J’aimerai d’abord faire une mise au point concernant ceux qui me lisent d’aussi loin et qui croient que je suis un « troll » du huffpost, un prête-nom à la solde de l’occident, qui serait entré au Maroc comme "un cheval de Troie".(Je vous assure, je cite là certains commentaires.)
Je vais me présenter pour ceux qui ne me connaissent pas : je suis une mère de famille tout ce qu’il y a de plus banale et de commun. Je ne suis ni activiste ni même militante de la cause féministe, j’en profite pour les saluer à cette occasion.
Mon parcours est classique, j’ai participé à la défense de ma profession et à diverses associations caritatives, et j’ai élevé mes enfants. Je n’ai jamais cherché à me faire un nom dans ce que j’entreprenais ni à m’élever au-dessus de la masse. J’ai même cessé d'être engagée dans certaines associations qui me mettaient trop en vue, et je fais mes petites actions dans la discrétion, toute seule dans mon coin.
C’est ce qui se passe ces derniers temps qui me fait sortir de l’ombre. Je remercie un ami, il se reconnaîtra sûrement, qui a dit il y a quelques jours, et en public, que j’étais une maman poule. Oui, je suis une mère poule et je le revendique haut et fort. Quelqu’un a dit un jour qu’il faut faire de ses faiblesses une force, et c’est cela qui m’anime. Je suis une mère qui se préoccupe de l’avenir de ses enfants, qui ne voudrait pas partir un jour et les laisser dans une société où les libertés sont de plus en plus bafouées.
Quand je lis que des jeunes filles se font agresser parce qu’elles portent des robes et des jupes cela m’enrage. Quand je vois dans le quartier où je travaille des petites filles, même pas encore nubiles, obligée de porter un voile qui leur étouffe le cou et la tête, et les fait transpirer et embraser les joues de chaleur, je m’indigne. Quand des jeunes filles sont enfermées chez elle jusqu’à leur mariage ou bien qu’une fois mariées, on les oblige à porter le khimar… Je ne sais plus quoi dire. Mon vocabulaire ne comporte plus d’autres mots pour marquer ma consternation.
Quand j’entends une ancienne ministre de la famille, Nezha Skalli, une consœur par ailleurs, dire que les centres d’écoute pour femmes violentées et battues se sont transformés en centres pour " Al Wa3d wal Irchad", autrement dit pour mes amis francophones "Éducation et conseils religieux" cela me fait sortir de mes gonds. Et c’est ça l’objet de mon dernier article. Certains essaient de faire bouger les lignes de démarcation, créent de nouvelles niches de flou juridiques pour une autre forme de répression… Je ne vise pas un parti politique en particulier, mais tous ceux qui mettent en avant l’idéologie religieuse conservatrice AVANT les droits de l’homme. Une gouvernance avec une idéologie de cette sorte a un impact même sur les organismes de toutes sortes qui travaillent avec les autorités publiques. Et pour revenir par exemple sur ces centres-là, qui sont censés défendre les femmes agressées : au lieu de continuer à jouer le rôle pour lequel ils ont été créés, c’est-à-dire soutenir les femmes et leur offrir une aide psychologique, juridique et judiciaire, ils leurs donnent des conseils d’un autre genre, ou du moins avec un impact différent. Juste un chiffre pour vous éclairer, il y en a 400 répartis sur tout le territoire.
Alors moi, dans mon petit coin, derrière l’écran de mon ordinateur, je sors de terre. Non pas pour gonfler mon ego ou gagner de l’argent (aussi bien mes écrits sur mon blog que dans le journal en ligne cité plus haut, je ne gagne aucun centime), mais pour dénoncer l’effritement des différentes libertés individuelles dont j’ai bénéficié moi-même dans ma jeunesse, ou ceux que j’ai acquis au fil du temps.
C’est en revendiquant même les choses qui peuvent sembler banales qu’on ne se laissera pas faire. Le moindre combat pour garder juste la situation qu’on avait avant est une lutte juste. Je ne cherche même pas encore à repousser les lignes des libertés, juste à maintenir le statu quo, à ne pas nous laisser nous envahir. C’est le seul héritage que j’espère pouvoir laisser un jour à mes enfants. Et pour utiliser une métaphore : Je suis peut-être une goutte d’eau dans une mer d’engourdis, mais je la parfumerai de l’amertume de tous ceux qui n’ont pas voix au chapitre, afin que ceux qui veulent empoisonner mon pays d’idées venues directement du Moyen-Orient et du Khomeinisme s’étranglent avec.
Dans la vie il y a toujours une croisée de chemin, un choix à faire, et qui s’impose parfois comme une évidence. À partir du moment où j’ai décidé de rendre mes écrits publics, j’ai décidé de ne pas me taire et de défendre les causes justes. Cela me vaut les critiques de personnes qui ne partagent pas mon point de vue, mais je ne me tairai pas. Je suis un lustre peut-être, mais je choisis d’être celui qui éclaire la société sur les dérives de l’obscurantisme. 
La limite entre l’islam éclairé et celui de la prédiction, des interdits et des pratiques forcés peut sembler nébuleux pour certains, mais c’est justement ce clair-obscur qui doit être délimité par les gens qui nous gouvernent afin d’éviter ce genre de dérives.
J’adore mon pays, ma démarche est justement patriotique, parce que je veux le meilleur pour lui. J’aurais pu rester frileuse dans mon coin et écrire sur la beauté de la vie ou sur la romance, ce que d’après certains connaisseurs je maîtrise un peu, mais j’ai fait ce choix-là et je m’y conforme. Si cela ne plaît pas à certains de mes amis, c’est bien dommage. J’aurais aimé les garder, mais c’est leur choix aussi. Si cela me vaut de nouvelles amitiés : Bonjour et Bienvenue ! Mon cœur est assez grand pour vous englober tous.

Avec toute mon affection. Meriem


jeudi 2 février 2017

Chronique et lien de la Tribune publiée : Le combat du jour et de la nuit



Article du 2 février 2017 // 


C’était un beau matin de février. Le jour était sorti vainqueur de sa bataille avec les derniers limbes de l’obscurité, le soleil commençait même à faire reculer la froideur et le gel de l’enfermement sur nous-mêmes. Un matin d’espoir et de nouveaux projets, jusqu’à ce que j’allume la radio et que j’écoute les informations : le conseil de la ville de Fès avait décidé d’interdire la mixité dans tous les Spas et salons de beauté. Et c’est là que j’ai arrêté de boire mon café.
Une seconde de réflexion et voilà mon esprit en train de galoper : je ne pourrais pas faire le sport avec mes amis et mon coach, je ne pourrais pas me faire couper les cheveux par mon coiffeur préféré… puis viendra le moment où je ne pourrais pas monter dans un taxi conduit par un homme, où il y aura une séparation dans les bus, où les cafés et restaurants auront des salles pour femmes et d’autres pour hommes, où je serais obligée d’inscrire mes enfants dans deux écoles différentes… Et la plage ? Et la piscine ?
Une impression de déjà-vu se dégage de tout ça, pourtant je ne rêve pas, me dis-je. Des choses lues dans la littérature sur les sombres siècles ? Une imitation de traditions et cultures rétrogrades un peu lointaines ?
Mais j’y pense : Et le cinéma, le théâtre, ainsi que tous les spectacles ? Ils auront des séances différentes pour chacun des sexes… Oups ! j’ai dit sexe... on va me guillotiner...



Je crois que je vais arrêter de boire le café, c’est une boisson masculine qui me donne des idées perverses.



Hésitations sur cet article le 3 Février 2017

Cette tribune a récolté des vues que je n’aurais pas imaginées possibles après moins de 24 heures. Elle était censée être un clin d’œil amusant, une satire. Utiliser la dérision pour dénoncer les dysfonctionnements de notre société, je m’y suis mise en scène comme un clown sans nez rouge. Elle a pris trop de proportions, c’est dire le malaise qui règne et le besoin des gens pour l’exprimer. Elle ne représente plus l’actualité en cette fin de journée, les nuances du communiqué officiel m'ont poussé à écrire une mise à jour. Elle est sous forme d'un article que j'ai publié sur le Huffington post.
Merci à tous ceux qui me lisent. Je vous laisse l’image néanmoins, c’est une citation que je trouve très belle, et qui est tout à fait représentative de mon état d’esprit.



Mise à jour le 3 Février 2017 dans l'après-midi: Voilà le lien de l'article que je viens de faire publier par le Huffington post et qui parle de ce sujet:

http://www.huffpostmaghreb.com/meriem-h-hamou/le-marocain-un-citoyen-de-seconde-zone-dans-son-propre-pays_b_14596464.html