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Artisan orfèvre des mots, spécialisée dans le filigrane.

dimanche 5 février 2017

Chronique : Le combat du jour et de la nuit. Episode 3




Mes derniers articles publiés sur le Huffington post m’ont valu une plus grande visibilité et des remarques de différentes sortes. Je vous rassure tout de suite, je ne suis ni harcelée ni menacée, mais il se dégage de certains commentaires, extrêmement minoritaires d’ailleurs, que je distille une certaine liberté d’esprit. Certains l’ont même qualifiée de vénéneuse, tandis que d’autres se demandent pourquoi j’ai parlé dans mon dernier article d’une chose aussi basique et usité chez nous que la séparation d’espaces dans les salons de coiffure.
J’aimerai d’abord faire une mise au point concernant ceux qui me lisent d’aussi loin et qui croient que je suis un « troll » du huffpost, un prête-nom à la solde de l’occident, qui serait entré au Maroc comme "un cheval de Troie".(Je vous assure, je cite là certains commentaires.)
Je vais me présenter pour ceux qui ne me connaissent pas : je suis une mère de famille tout ce qu’il y a de plus banale et de commun. Je ne suis ni activiste ni même militante de la cause féministe, j’en profite pour les saluer à cette occasion.
Mon parcours est classique, j’ai participé à la défense de ma profession et à diverses associations caritatives, et j’ai élevé mes enfants. Je n’ai jamais cherché à me faire un nom dans ce que j’entreprenais ni à m’élever au-dessus de la masse. J’ai même cessé d'être engagée dans certaines associations qui me mettaient trop en vue, et je fais mes petites actions dans la discrétion, toute seule dans mon coin.
C’est ce qui se passe ces derniers temps qui me fait sortir de l’ombre. Je remercie un ami, il se reconnaîtra sûrement, qui a dit il y a quelques jours, et en public, que j’étais une maman poule. Oui, je suis une mère poule et je le revendique haut et fort. Quelqu’un a dit un jour qu’il faut faire de ses faiblesses une force, et c’est cela qui m’anime. Je suis une mère qui se préoccupe de l’avenir de ses enfants, qui ne voudrait pas partir un jour et les laisser dans une société où les libertés sont de plus en plus bafouées.
Quand je lis que des jeunes filles se font agresser parce qu’elles portent des robes et des jupes cela m’enrage. Quand je vois dans le quartier où je travaille des petites filles, même pas encore nubiles, obligée de porter un voile qui leur étouffe le cou et la tête, et les fait transpirer et embraser les joues de chaleur, je m’indigne. Quand des jeunes filles sont enfermées chez elle jusqu’à leur mariage ou bien qu’une fois mariées, on les oblige à porter le khimar… Je ne sais plus quoi dire. Mon vocabulaire ne comporte plus d’autres mots pour marquer ma consternation.
Quand j’entends une ancienne ministre de la famille, Nezha Skalli, une consœur par ailleurs, dire que les centres d’écoute pour femmes violentées et battues se sont transformés en centres pour " Al Wa3d wal Irchad", autrement dit pour mes amis francophones "Éducation et conseils religieux" cela me fait sortir de mes gonds. Et c’est ça l’objet de mon dernier article. Certains essaient de faire bouger les lignes de démarcation, créent de nouvelles niches de flou juridiques pour une autre forme de répression… Je ne vise pas un parti politique en particulier, mais tous ceux qui mettent en avant l’idéologie religieuse conservatrice AVANT les droits de l’homme. Une gouvernance avec une idéologie de cette sorte a un impact même sur les organismes de toutes sortes qui travaillent avec les autorités publiques. Et pour revenir par exemple sur ces centres-là, qui sont censés défendre les femmes agressées : au lieu de continuer à jouer le rôle pour lequel ils ont été créés, c’est-à-dire soutenir les femmes et leur offrir une aide psychologique, juridique et judiciaire, ils leurs donnent des conseils d’un autre genre, ou du moins avec un impact différent. Juste un chiffre pour vous éclairer, il y en a 400 répartis sur tout le territoire.
Alors moi, dans mon petit coin, derrière l’écran de mon ordinateur, je sors de terre. Non pas pour gonfler mon ego ou gagner de l’argent (aussi bien mes écrits sur mon blog que dans le journal en ligne cité plus haut, je ne gagne aucun centime), mais pour dénoncer l’effritement des différentes libertés individuelles dont j’ai bénéficié moi-même dans ma jeunesse, ou ceux que j’ai acquis au fil du temps.
C’est en revendiquant même les choses qui peuvent sembler banales qu’on ne se laissera pas faire. Le moindre combat pour garder juste la situation qu’on avait avant est une lutte juste. Je ne cherche même pas encore à repousser les lignes des libertés, juste à maintenir le statu quo, à ne pas nous laisser nous envahir. C’est le seul héritage que j’espère pouvoir laisser un jour à mes enfants. Et pour utiliser une métaphore : Je suis peut-être une goutte d’eau dans une mer d’engourdis, mais je la parfumerai de l’amertume de tous ceux qui n’ont pas voix au chapitre, afin que ceux qui veulent empoisonner mon pays d’idées venues directement du Moyen-Orient et du Khomeinisme s’étranglent avec.
Dans la vie il y a toujours une croisée de chemin, un choix à faire, et qui s’impose parfois comme une évidence. À partir du moment où j’ai décidé de rendre mes écrits publics, j’ai décidé de ne pas me taire et de défendre les causes justes. Cela me vaut les critiques de personnes qui ne partagent pas mon point de vue, mais je ne me tairai pas. Je suis un lustre peut-être, mais je choisis d’être celui qui éclaire la société sur les dérives de l’obscurantisme. 
La limite entre l’islam éclairé et celui de la prédiction, des interdits et des pratiques forcés peut sembler nébuleux pour certains, mais c’est justement ce clair-obscur qui doit être délimité par les gens qui nous gouvernent afin d’éviter ce genre de dérives.
J’adore mon pays, ma démarche est justement patriotique, parce que je veux le meilleur pour lui. J’aurais pu rester frileuse dans mon coin et écrire sur la beauté de la vie ou sur la romance, ce que d’après certains connaisseurs je maîtrise un peu, mais j’ai fait ce choix-là et je m’y conforme. Si cela ne plaît pas à certains de mes amis, c’est bien dommage. J’aurais aimé les garder, mais c’est leur choix aussi. Si cela me vaut de nouvelles amitiés : Bonjour et Bienvenue ! Mon cœur est assez grand pour vous englober tous.

Avec toute mon affection. Meriem