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Artisan orfèvre des mots, spécialisée dans le filigrane.

jeudi 17 août 2017

Peut-être ou peut-être pas, qui sait ?




Peut-être parce que l’oiseau n’est pas revenu à son nid,
Et qu’il se désespère de jamais revoir la vie d’antan,
Qu’il a décidé de s’éloigner, et de ne jamais se retourner.
Un oiseau c’est fragile, son plumage est sensible
Et peut d’un trop rapide battement d’ailes,
Perdre son duvet,
Et l’amour qui l’a couvé.

Peut-être parce que la nuit ne survient pas assez vite,
Pas assez tôt, et que les étoiles ne brillent plus autant qu’avant.
Les journées ont des langueurs de femmes en douleurs.
Elles s’égrènent lentement,
Et peinent à se dévider,
Comme le fil dans une bobine noué,
Qu’on n’arrive pas à démêler.

Peut-être parce que la pluie, qui pourtant est survenue à la bonne saison,
A gâté les magnolias, les a noyées.
Les magnolias ont une odeur tenace,
Qui embaume les espaces,
Et s’incruste jusque dans les rêves.
Et si l’on perdait cette senteur,
Qu’en sera-t-il de nos cœurs ?

Peut-être parce que la vie est un choix,
Qu’on choisit de vivre ou pas,
Et que l’espoir est une jarre qui se remplit et se vide
Sans intervention divine.
L’âme s’accroche à des riens,
Dont elle embellit les cloisons,
Et supprime d’un coup de chiffon.

Peut-être parce que les rêves ne sont que des trêves,
Qui nous donnent le temps,
De respirer doucement.
Et que dans ce monde éphémère,
Où on est frêle et si téméraire,
Nous battons nos démons, et cultivons la passion
De vivre pleinement.

Peut-être ou peut-être pas, qui sait ?
Nous ne sommes que les pantins,
Du hasard d’un destin,
Et que nous jouons notre part,
Sous la houlette d’un maître,
Qui ne connait ni la musique
Ni aucune notion de rythmique.


mardi 25 juillet 2017

Oeil sur une filiation



Elles étaient quatre générations de femmes à avoir franchi la porte de la pharmacie ce jour-là :
La grand-mère, un haïk bariolé autour d’un kmis, portait son foulard avec un petit nœud à l’arrière, quatre points devenus gris étaient le tatouage qu’elle avait entre les sourcils. Un œil mort, et l’autre éteint, elle s’était assise sur un des sièges visiteurs.
La mère, la soixante ou peu s’en faut, en djellaba et châle sur la tête, s’était avancée au comptoir. La cicatrice qui coupait la hauteur de son menton trahissait le tatouage camouflé, la génération qui était venue en ville, et s’était adaptée jusqu’à vouloir cacher ses origines.
La jeune femme, dans la fleur de l’âge, couverte de tête en cape d’un tchador noir. Des seuls yeux qu’on voyait, elle avait étreint le désespoir.
La petite fille, dans les dix ans, espiègle et souriante, alors qu’elle était la malade.

La jeune femme s’était échouée à côté de sa grand-mère, laissant sa fille courir dans tous les sens, pendant que sa mère payait les médicaments, et écoutait les explications qu’on lui livrait sur la façon de les administrer à sa petite-fille. Elle, silencieuse, ne prenait parti à rien, elle semblait perdue dans ses songes, n’être là que par acquit de conscience. Une génération mal lettrée, sacrifiée, les pieds entre deux horizons, et qui se laisse mener par la raison du plus fort.
De ces trois premières générations, on ne voyait plus que l’intense fatigue, mais la plus marquée, celle dont le front et les joues étaient barrés de profonds sillons, était la mère. Elle semblait harassée par le poids des responsabilités, elle prenait en charge toute sa famille, aussi bien son ascendance que sa descendance. Cependant, un reste de résistance et de courage la faisait tenir debout. Et on se désole qu’elle n’ait pu les transmettre à sa fille.
Trois femmes au destin différent, mais qui se ressemblaient dans l’épuisement qui faisait plier leurs épaules. Le temps les avait abîmées, jusqu’à ne laisser aucune brillance dans leurs pupilles. Leurs peaux, vieillies avant l’âge, dégageaient cette odeur âpre, acidulée, de celles qui se sont adonnées à toutes sortes de travaux pénibles.

Enfin, il y avait l’espoir dans ce tableau : celui d’une petite fille dont les yeux brillaient d’intelligence. Elle va à l’école et aime les découvertes. Et on se prend à lui souhaiter de meilleurs augures, que la lumière qui l’habite encore ne s’éteigne jamais, de rêver que son destin soit meilleur.
La petite fille s’appelle Hourya. Tout un symbole. Un prénom, que j’espère elle portera avec fierté. Un joli prénom qui revient à la mode.


(Pour mes amis francophones : Hourya en arabe veut dire liberté)


vendredi 21 juillet 2017

Trouver sa voie... pour retrouver sa voix




Trouver sa voie dans le silence et l’intériorisation, c’est parfois comme extraire un diamant dans une mine depuis longtemps désaffectée. Il faut creuser, beaucoup et profondément, utiliser toute la force que l’on possède pour briser les murs, aller au cœur des décombres, des ruines, et gratter la moindre étincelle que nous croyons apercevoir. C’est accepter de s’oublier, d’oublier ce que nous avons été et ce que nous sommes, à certains moments. C’est de délaisser sa route et poursuivre sa quête comme si le salut du monde pouvait venir de cette seule transpiration. Au risque d’aller trop loin, de toucher son âme parfois, de la mettre à nue, palpitante de fragilité, mais si transparente de pureté.
Que de candidats pourtant !
Comme tout ce qui fait la quête, voir la brillance déjà, même de très loin, exalte le corps et l’esprit. Le sourire se dessine, le soleil semble toucher le cœur et l’irradier de joie.
La méditation, l'écriture, la peinture... loin de la cacophonie, loin de la vraie vie, à la seule écoute de la nature, est une voie royale pour percevoir, l’espace d’un instant au moins, les vrais battements de son cœur. Elle n’est pas la seule cependant. Certains trouvent leur soulagement dans la musique, dans des plaisirs plus triviaux, tels que la nourriture, la boisson et même dans la drogue. D'autres s'enfoncent et s'oublient dans l'aide aux autres, dans la lutte pour un monde meilleur, dans le combat pour la liberté...
Il n’y a pas à juger. Tout ce qui apporte un allègement du fardeau de la vie que nous portons tous les jours, dans le respect des uns et des autres, n’est mauvais que dans son abus.
Le plus important est de respirer.
D’inspirer l’air, même vicié, et de l’expirer dans un souffle purifié. D’être ce substrat, ce filtre divin, dont les mots, les regards, les gestes, les actes et les sourires, transpirent la beauté dont se nourrit l’univers.
Dans une recherche de vérité, il n’y a pas d’arrivée. Il y a seulement un cheminement, des étapes : celles de la compréhension, de l’acceptation, de l’abnégation et l’humilité, de la compassion et de tant et tant d’autres qualités de l'âme… C’est dans la recherche que réside le sacre.
L’important est de ne pas s’arrêter, de continuer à partager l’air qui unit les êtres, et de le transformer en sublime substance.
Alors respirons mes amis. Respirons, et laissons-nous traverser seulement par les regards bienveillants, sourions à ceux qui sont moins tendres.
Inspirons et expirons la joie des cœurs indulgents.


mardi 18 juillet 2017

Nul ne doit être emprisonné pour ses opinions politiques, encore moins une chanteuse.



Dans l’océan noir,
Où tes yeux s’égarent,
Dans ces nuits glaciales,
Dans les murs sales,
Ton chant se pare de ramures,
Et fondant les murs,
Il brise les armures.
Dans le puits sans fond,
Dans le trou profond,
Ta lumière nous parvient,
Trace le chemin,
Sublime ta générosité,
Et te drape de dignité.
Un prénom, en hymne il résonne,
En justice et liberté, il tonne.

dimanche 9 juillet 2017

Dédicace de Fès



Il est des parenthèses de vie aussi douces qu'une goutte de miel qu'on laisse fondre sur la langue. Elle lénifie, adoucit et fait du bien partout où elle passe. C'est comme ces retours aux sources. Enfin, à certaines sources que vous n'avez jamais connu, que vos yeux n'ont jamais effleuré, mais dont vous ressentiez la soif intense. Celle qui ne peut être étanchée que par une plongée vivifiante dans leurs eaux occultes.
Ainsi a été ma visite à cette région du Moyen-Atlas. Peu importe qu'une foule de souvenirs d'enfance me la relit, la revoir avec mes yeux d'aujourd'hui, après ce nouvel éveil à la vie, a démultiplié des sensations qui semblaient venir d'un passé très lointain. Celui de grands-parents et d'aïeux d'ici, ou venant d'ailleurs, et dont le rappel à leur souvenir a ouvert une porte à peine entrebâillé de l'histoire de mon pays. 
Et on se retrouve avec des gènes voyageurs venant du nord au sud, et passant par ce centre cher à mon cœur, cette région de Fès-Boulemane et ses petites communes berbères. 
Mais n'est-ce pas l'histoire de tout marocain ? Qui peut prétendre encore venant d'une lignée pure ? D'une seule graine ou même souche ou branche de l'arbre de vie de notre beau pays ? 
C'est de nos profondes origines d'Amazighie ou d'Arabie, et par tous les conquérants qui sont venus conquérir cette terre, mais dont elle a conquis le cœur, que s'est construit la diversité et la richesse de notre pays. Elle n'aurait pu dévoiler sa beauté et ses trésors si elle n'avait façonné à son image ces âmes, ces cœurs purs, vaillants et fiers.
Ce sont ces cœurs là qu'il faut ressusciter, qu'il faut réveiller de leur long sommeil inconscient. Leur rappeler à leur solidarité, à leur humanité et fraternité, leur rappeler surtout à leur devoir de protection des faibles et des opprimés.

Une tendre pensée pour une jeune fille, une troubadour, enfermée dans une obscure geôle. Un rossignol qu'on empêche de chanter.

mardi 4 juillet 2017

Poésie : Projets de survie




Parmi les étoiles j’ai choisi la moins brillante,
Une dont la faible lueur n’est visible que pour moi.
Je la cultive soigneusement dans mon ciel imaginaire,
Et lui insuffle mon énergie dès qu’elle vacille.
Je ne veux pas que sa lumière inonde le monde,
Elle ne veut pas quitter mon monde obscur.

Parmi les fleurs j’ai choisi celle qui ne me ressemble pas,
Elle est rose, et porte le nom de sa fragrance.
Une rose imbibée de rosée que je retrouve
Dans mon jardin, tous les matins.
Puisse sa couleur me donner l’espoir
De jours meilleurs.
Puisse-elle toujours embaumer
De son odeur suave mon esprit.

Parmi les rêves éparpillés de ma jeunesse,
L’écriture est la désuète constante.
Des pages, des feuillets et des cahiers,
Qui n’en finissaient pas de s’empiler.
Que d’efforts et de sueurs !
Que de déceptions et de douleurs !
Mais je m’acharne, je ne renoncerais pas.
Et même si je n’apprivoise pas les mots,
C’est de leur grâce que je survis.


mercredi 28 juin 2017

Salutation océanique




Une salutation tendre et océanique mes très chers amis, fleurant les bouquets iodés que j’ai récoltés en ces jours de fête.

Le bruit des vagues a bercé ma jeunesse, les algues ont été mes déguisements d’enfant, lorsque nous cherchions à épicer nos moments de détente à la plage. Les châteaux que j’y ai construits sont encore présents, ma peau revêt encore l'écume de ces journées ensoleillées, pour peu que je ferme les yeux.
La mer est ma vraie nostalgie, depuis que je vis loin de ses embruns… Je l’évoque et m’y réfugie à chaque fois que la musique se fait dissonante, quand la partition du monde devient tumulte dysharmonique.

Je m'y réfugie, invoque les forces supérieures, et prie :
Que le bruissement de ses flots recouvre les voix discordantes,
Que ses fragiles moutons les couvrent d’amour et de paix,
Et que son sel, cautérise et guérisse les blessures infligées aux âmes innocentes.

❤️💖💝