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Artisan orfèvre des mots, spécialisée dans le filigrane.

vendredi 17 novembre 2017

L'aubade du rossignol




Les matins de bonheur sont ceux où l’aubade du premier rossignol me tire du sommeil. Je m’étire et ouvre les yeux, la nuit n’est pas encore partie, mais un léger faisceau s’immisce déjà dans l’ourlet du voilage. De ma fenêtre fermée, j’entends le chant de la vie et l’allégresse de son éveil. Lorsque je soulève le drap, de la poussière danse dans le rayon de lumière. Je sais alors que je respire, et que la nature est à portée de joie. Mes os craquent pour ajouter du rythme, mes muscles baillent et se détendent. Ces jours-là, mon corps se meut en souplesse. Le soleil prend alors plus d’espace, ses couleurs se démultiplient en une myriade de cristaux sur chaque verre qu’ils frôlent. Au ballet de l’univers, j’ai l’impression d’être l’étoile, l’exquise musique continue à faire valser mes espoirs. Le soir vient, il vient toujours. Quelques minutes à peine, ou des heures plus tard… Je ne puis l’éviter. Toutefois, j’aurai gagné mes instants d’éveils, et la beauté de ces réveils.

mercredi 15 novembre 2017

Que ne suis-je fourmis...




D’un tremblement de paille
Un lièvre détale
L’oiseau bâilla fort
L’air est précoce
Des fourmis besogneuses
Fourragent l’argile
Les fleurs ne sont plus
La couleur a terni
Le ciel implacable
Réserve son verdict
Est-ce la fin de l’été ?
Et ce cépage alors ?
Me sera-t-il servi ?
Ivre de tourments
Mon corps exsude
Le miel est ailleurs
Le blé ne sert plus
De ses allers et venus
L’enfant m’a prévenu
La vallée a déballé
Son attente caustique
Que n’ai-je compté les nuits
Que ne suis-je fourmis
J'aurais fait des réserves
Pour nourrir l'hiver
Pour ne sentir le manque.

vendredi 10 novembre 2017

Dessin



Sous les rides d’un sourire
Je dessine l’ombre des palmiers,
Qui défient l’avenir.
Les palmes n’ont de cesse de bouger
Et mon crayon voyager
Pour les bien esquisser.
Que ne ferais-je pour garder l’instant
De ce printemps, et ses bourgeons,
Fragile avenir palpitant.
Le temps gagne sa prise
Sur la mesure et l’ombre
De l’estompe, et de la reprise.

jeudi 9 novembre 2017

Phrasées suggérées par le Chergui






Il y a le beau et le sublime. Et ce dernier est celui qui s’inscrit à l’encre indélébile.
Le beau fait plaisir à voir, le sublime nourrit l’âme.
Entre le désert et moi s’entame une histoire d’amour lentement. J’ai l’impression de la connaitre pourtant.
Est-ce une histoire de sable ? De vent ? De cette étendue qui semble infinie ? Des deux couleurs seulement qui le caractérise ? Ou bien des gens d’ici qui me nourrissent ?
Il me semble à chaque fois trouver un nouvel argument. L’esprit lutte pour revenir à sa nature, et l’âme pour rester méditative.
Au cœur du désert je suis moi, et m’en délecte. Si je pouvais, je resterais dans ses bras à jamais. Le silence est devenu mon ami. Le chergui vient me tenir compagnie.
Il m’a susurré de ces nouvelles ! A décillé mes yeux d’aveugle !
À peine… J’ai tant à apprendre.
Une chose dont je me doutais et qu’il m’a confirmée.  Je la partage de nouveau avec vous : En matière mystique, le créateur est unique et il n’y a aucune vérité qui prime sur une autre.
Le Chergui m’a dit aussi qu’il faut se méfier de ceux qui portent un sourire énigmatique et enivrent de doucereuses musiques.
Il m’a appris qu’il ne faut pas se laisser bercer et rester en surface. Il faut rire ou se répandre en pleurs. Vivre de vrais sentiments, et non de leur effleurement. Vivre sans crainte et sans relâche. De tous les atomes dont on a été créé. Sans aucun regret.
Ne partir qu’après avoir orné les murs des suivants de cascades de mots qui les réjouiront. Ainsi, laisser des éclats de rire pour seul héritage.
Lui, il ne fait jamais dans la demi-mesure, il est aussi brûlant que les sensations qu’il déterre derrière les dunes.
Ce ne sont pas des leçons. Le désert est beaucoup trop grand pour en donner. Il sait que chacun peut y tracer sa route. Que son vent viendra l'effacer au besoin. Il suggère seulement de nouvelles pistes. Et c’est bien cette liberté-là qui m’ensorcelle en lui.
Mais il est si froid le soir qu’il tape dans le crâne, et si sec au jour qu'il liquéfie. Je me demande parfois si ce n’est pas égoïste de sa part. Mais comment lui en vouloir, c’est moi qui suis venue le voir.


samedi 4 novembre 2017

Du charme du vent





Le vent est un sacré farceur, 
Qui n’en finit pas d’aliéner les cœurs !
Au soleil il a parlé de chaleur,
Au ciel de couleurs,
Et aux étoiles de l’aurore.
Il faut l’écouter gémir,
Harmoniser ses instruments pour séduire.
Il arpège du nord au sud,
N’a aucune pudeur dans ses attitudes.
Sacré Bise ! Sacré Brise !
Malheur à celles qu’il effleure,
De son charme ravageur !

vendredi 3 novembre 2017

Zagora, derrière les pas du baudet...






Derrière les pas du baudet, je trébuche en cherchant des mots. L’alphabet se disperse dans l’aridité de la terre assoiffée. Je suis loin, et si près de moi. Des sentiments de vécu, de nostalgie m’étreignent sous le soleil éclatant. Je me réveille et me rendors, dans ces retrouvailles qui ne portent pas de nom. J’use et abuse de ma vie d’avant, comme écran, pour parer l’enfouissement.
Chaque jour porte sa marque particulière, aujourd’hui un couscous m’attend. Dans les mosquées, on prie pour la résurgence de l’eau, pour un malade, pour la femme en couche, pour ceux et celles qui ne mangent que la semoule. La ville survit, achète l’eau de Fayja, apportée par des citernes sur des triporteurs. Foum Zguid et ses fermes de pastèque avalent la nappe phréatique. Draâ est sec. Des femmes en noir, et des hommes bleus bravent le désert.
La solitude m’effleure à certains moments, le rire des enfants sortant de l’école me la fait oublier. Je me reconnecte et vois le monde à travers un écran. Le bruissement des palmiers me rappelle à l’ordre. Même les mouches ne me dérangent pas, la nature reprend peu à peu ses droits. La sensation de vie est là, à travers les histoires que je raconte. Je n’oublie rien ni personne, ma mémoire est un gouffre qui n’a pas de fond. Nul besoin de fouiller dedans, les souvenirs remontent lentement. Au milieu de rien, ils ont trouvé le moyen d’exhaler leur parfum.
Encore des pas derrière le mulet qui avance en dandinant, peut-être bien qu’il trace des signes que je n’arrive toujours pas à déchiffrer… 

mardi 24 octobre 2017

Etre Libre.... et Femme




Fermer les yeux et épouser la forme du sol
Percevoir le début d'accalmie,
La chaleur granuleuse du sable.
Laisser vaquer l'esprit,
Au delà du ciel et des étoiles,
Dans cet infini espace de calme,
Pour éteindre le vacarme.
Allumer la vacillante flamme.
Sentir la vague qui ranime le cœur,
Et anime l'âme.
Être Libre...... et Femme



samedi 21 octobre 2017

Poème d'automne





L’âme de la poésie réside dans le cœur du vent.
Celui de l’automne est turbulent, et particulièrement inspirant. Ses feuilles dorées à point roussissent déjà, miroitent des couleurs ocres de leur saison. Bientôt la brise va les détacher. Ils résistent aux premiers souffles, se maintiennent sur leur pédicule, frôlent le ridicule, parfois, à croire qu’ils pourront dépasser l’hiver. La bourrasque les arrache pour les faire danser. Danser, puis flotter, et doucement comme un papillon, se poser ainsi que leurs pairs.
Entre grain de lumière et poussière de nuit, ils reposeront dans le ventre de la terre qui les a nourris. Ainsi va la vie… et la poésie


mardi 17 octobre 2017

La couleur au cœur des mots


Tableau :Blue rapsody by Leonid Afremov

Les mots ont des couleurs et un cœur.
Ils prennent une allure chair pour décrire les frissons d’une peau, une carnation pour le vert des près, le bleu du ciel et d’oxygène, la terre de sienne ou de sable selon l’aventure et la hardiesse. Ils sont rouges vifs pour la douleur et brillants pour l’amour, roses joyeux et jaunes lumineux et jaloux ... Des nuances qui métamorphosent les sentiments, et les modulent, suivant le corps du texte qui veut refléter son âme.
Ils inventent des univers et sont bien plus puissants que tout ce que l’on voit. Leur musique appelle ce fond créationniste qui a précédé notre venue, ce temps infiniment incommensurable. Leur diversité est si éparse qu’on ne peut tous les apprivoiser.
A en dompter un lexique, ils nous habitent et prennent possession de nos sens. Ils nous émeuvent et nous attristent, nous tentent et nous attisent. Ils teintent l’absence et le silence, les retrouvailles et le bonheur. Ils sont ces éclats de vague et l’écume qui se dépose sur les galets, l’odeur subtile d’une essence ensommeillée et la senteur lys au jardin de l’allégresse...
Ils deviennent la musique que l’on ne voudrait jamais cesser de respirer. Ils sont la passion qui nous permet de continuer à être.

mercredi 11 octobre 2017

Le jour où j'embrasserai mon destin






Quand la nuit aura cessé de nuire
Et que le jour aura cessé de bruire
Je serais dans ces contrées sauvages
Séparée des prairies d’élevage
Et délestée de corps et d’empreinte
J’oublierai ces captives contraintes.

Demain, je partirai au petit matin
Il n’y aura ni adieu ni geste de la main
Ce sera le matin de lumière intense
Qui scintillera de sublimes substances
Je rejoindrai l'affluent du ciel
Au confluent de l’amour essentiel
Je voyagerai loin, longeant ce chemin
Jonché de roses rouge carmin.

Demain, est un aujourd’hui en partance
Où le temps n’a aucune importance
Une danse sur des étoiles en fleurs
Une musique qui retrouve son cœur
Un pays où les mirages ne sont vains
Le jour où j’embrasserai mon destin.

samedi 7 octobre 2017

Tant qu’il y a un Maître du printemps...





Pour que le jour ne soit plus ombre
Pour que les ciels brillent
Dans les infinis confins
Que l’univers a perfectionné.

Pour refléter Sa beauté
J’écris à l’encre nouvelle
Chaque jour façonné
Par le charme d’un souffle
Sans cesse renouvelé.

Je ne suis qu’une poussière
Que le vent a semé
Qui croît en une terre
Aux racines enchevêtrées.

Mon âme aux larmes sublimées
Se fragmente en mille éclats
De soleils apprivoisés
Pour éclairer la route
De nomades égarés.

J’écris et j’efface
À la face du vent
Au-dessus de la braise
Que les cœurs ont exalté.

Fasse le temps garder la trace
Que les poètes ont esquissé
Sur le sable des horloges
Que les siècles ont sonné
À la gloire de Sa grâce.

jeudi 5 octobre 2017

L'instant présent




Je suis le fil
Le fragile, le funambule qui danse sur sa corde
Je suis le vent
Le sable, la dorure du ciel de septembre
Je suis la rose
La complexion, la vase qui éveille le printemps
Je suis la goutte
La fraction, l’infini bleu de l’océan
Je suis le parfum
L’essence, la vérité dans toute sa puissance
Je suis l’instant
Le temps, le soleil qui se couche à l’horizon


lundi 2 octobre 2017

Invocation




J’invoque l’architecte du ciel
Qu’écarlate la mère implore
Tandis que la sève vermeille
Couvre sa terre d’horreur.

J’appelle l’âme de dame-nature
Que la malice a fourvoyée
Mille soldats de même ossature
Qu’aucun Dieu n’a déployé.

Sous l’arcade d’un ciel clément
Qu’une vile terreur a déflagré
Le chagrin a creusé des sillons
Pour charrier d'infinies plaies.

N’entends-tu l’oraison funèbre
Sourdre de coulures d’humains
Se répandre comme une fièvre
Et calciner ses lendemains.

jeudi 28 septembre 2017

Le crépuscule sauvage



Tableau : Le crépuscule dans le monde sauvage - Frederic Edwin Church


Entre chien et loup, le vent frôla son cou.
Il n’était pas déplaisant, son toucher était d'un velouté enivrant. 
La poussière l’aveugla cependant, une larme voila sa vision.
Le ciel rougeoyait pendant ce temps, on savait qu’il tentait de marquer l’instant.
Quelques arbres frémirent, sans ne guère se préoccuper de l’avenir.
Des feuilles étaient arrachées, mais n’était-ce l’automne qui les détachaient ?
L’oiseau ne fit plus entendre sa voix; au loin, le chat miaula.
La nuit glissa lentement, aux confins du cœur de l’enfant.



mercredi 27 septembre 2017

Colère et tristesse



Ne réveillez jamais le fiel chez le poète, il peut souffler sa grogne et jeter des sorts ! Surtout lorsque des enfants sont usés et abusés!

Ma prose colérique est adressée à tous ceux qui volent l’enfance des petites filles, à ces pères, ces mères, à tous ces vautours qui confisquent l’enfance. À ceux qui obligent les petites filles à porter des voiles afin de mieux abuser d’elles, à ceux qui veulent les enfermer dans des carcans obscurantistes. Aux visages lugubres qui gribouillent des fatwas pour justifier l’atteinte aux libertés des femmes, et à ceux qui cherchent à tuer leur humanisme dans l’œuf. À ces serpents déguisés en hommes, et à ceux qui les suivent et les approuvent.
À tous ceux qui pervertissent le message divin.


Funeste limace qui pervertit l’enfance,
Et l’habille des atours de noces.
Funèbre rapace qui prend sa proie
Parmi les plus vulnérables choix.
Drapées de noir, couleur de désespoir
La haine a asséché vos veines.
Le cœur aussi sombre qu’une nuit d’encre
À l’image du pétrole qu’ils déversent,
Pour répandre leur doctrine,
Et acheter vos consciences.
Charbon d’âme et de corps,
Traîtres de la foi et de la loi,
Félons, qui voulez soumettre la femme et l’enfant.
Où trouvez-vous l’audace
De vous complaire dans vos perfides vues
Et d’affronter la lumière du jour ?
Où cherchez-vous le mal
Incarné, qui tue d’innocentes victimes ?
Suppôts de Satan !
Perverses sont vos intentions !
Bestiales vos prétentions !
Je porte la voix des poètes
Et de tous les humains qui respectent la vie.
Je l’élève haut et fort,
Pour vous transmettre cet ultime cri :
Chancres de la nuit,
Que le feu embrase vos entrailles
Et carbonise vos âmes.
Que l’enfer vous ablate,
Qu’il purifie le monde de vos minables machinations,
Et qu’il soit votre première et dernière destination !

samedi 23 septembre 2017

Réflexion : De l'observation des étoiles




Lever la tête et suivre les dessins du ciel.
Grossir l'image jusqu'à voir les cratères de lune, l'anneau de saturne. Retrouver l'arc de la voie lactée, les représentations que forment les constellations, pointer les nébuleuses, les étoiles éclatées. Réaliser que l'image que l'on voit a traversé des milliers d'années lumière avant de nous parvenir...
Sentir cette infinitésimale grandeur de l'univers, et l'infinitésimale futilité de nos petites existences...
Et cette odeur de fumée du bois résineux autour duquel s'est faite la veillée des étoiles, et qui éveille un étrange sentiment, une étrange mémoire...
Et ces étoiles filantes, et cette aube qui appelle... et qui réveille...


Voir la nuit guidé par un œil exercé est de l'ordre de la magie.
Observer les étoiles donne un frissonnement au cœur... laisse toujours une empreinte.



jeudi 21 septembre 2017

Adagio : Voeux du Nouvel An





La vie devrait être un Adagio,
N’est-il pas le meilleur rythme que l’on devrait adopter ?
Ni trop lent, ni rapide, un mouvement qui s’orchestre si bien avec les battements du cœur, une harmonie qui élève l’esprit et dévoile la beauté de la nature. Mais les trous d’air apparaissent pour vous tirer vers le bas, il faut alors s’accrocher à la force de la confiance en soi, de l’affection et du soutien de sa famille, et de ses amis, pour se maintenir en équilibre.
Tourner chaque journée comme les pages d’un cahier,
Écorner les jours sombres, en espérant qu’avec le temps, plus aucune feuille ne sera jamais pliée. En souhaitant que seule la lumière se répande le jour.
Et attendre patiemment que la mélodie reprenne, 
Pour respirer de nouveau,
Pour se réapproprier la musique de son âme.

Très belle veillée du Nouvel An, mes amis
Qu’elle vous comble des bienfaits de sa nouvelle lune
Qu’elle apaise les cœurs, et lisse les rides de la nature
Et qu’elle vous apporte la force, la tendresse et l’amour

Ombrages


Nuit étoilée - Vincent Van gogh


La douleur quand elle lancine
Vertige du temps, du chaos
Inscrit dans les fragments de chair
Qui se rappellent à ces souvenirs
Qui font suffoquer de peine.

Tristesse quand elle s’accapare
De l’âme rissolée par le feu
D’un brasier qui cuisait
Dans l’abîme d’un puits
Qu’aucune échelle de temps
N’a jamais atteint.

Je ne suis pas la vie
Je n’ai plus d’envie
Je ne suis pas le temps
Je n’ai aucune patience
Je ne suis pas la nature
Je n’ai pas sa mansuétude.

Rage quand elle s’empare
Tel un orage d’un esprit
Vaincu par l’asthénie.

Ombrages quand allez-vous
Quitter ces lieux de faction,
Et que les couleurs recouvrent
Les guets de charmille.

Je suis accablée
Désarmée
Malhabile,
Je suis brisée et fatiguée.
Je ne puis rien offrir,
Qu’un confetti de larmes.


lundi 18 septembre 2017

Abysse


"Abysse" - B. Alexis - huile sur toile 2012



Entre Je et Moi
Réside un indicible abysse
De mots enfouis si profondément
Qu’une vie ne suffirait à extirper.
Je m’acharne pourtant,
Je creuse,
Fort.
Je sue de sang et de passion
J’y ligote mon cœur et ma fureur.
Et je rage,
Je m'asphyxie,
De ces ténèbres,
De ces chiquenaudes de mépris.
Je m'abhorre,
De manquer de force,
De les voir exposés.

samedi 16 septembre 2017

Les sens (l'essence) ... d'un "mot"








J’ai toujours su que les mots avaient plusieurs sens.
Ils valsent et se baladent, prennent le rythme des autres mots auxquels ils s’accrochent.
Mais parfois, on peut trouver le mot qui se suffit à lui-même. Il a une résonnance, qui fait plonger dans un univers de constellations particulières. Ces mots-là sont si puissants qu’à leur seule évocation vous voyagez et vous détachez de votre canapé. Ce sont des mots de rêves et d’évasions. Ils sont les mots les plus riches du dictionnaire, de ceux sur lesquels on peut écrire des pages et des livres.
L’autre jour j’ai essayé un mot de tous les jours, un terme banal, je n’en suis pas encore au compliqué. J’ai écrit le mot "fille".
Je n’ai pu m’arrêter de transcrire les impressions qu’il me révélait, tout au long de la journée. Je ne vous dirais pas combien de feuilles j’ai remplies. Il m’a poursuivi jusqu’à mon lit, et a peuplé mes rêves de nuit. Entre filiation et succession, des romans peuvent s’écrire. Je n’en suis pas là, c’était juste pour dire.
Une autre fois j’essaierais un mot encore plus simple, avec moins de connotations, c’est un très bon exercice. Écrire un mot et se laisser habiter par son âme. S’en imprégner, revisiter son essence, et voir jusqu’où s’élève sa fragrance. L’étaler du bout du stylo sur la feuille blanche. Retrouver la tendresse qui s’en dégage, la tristesse qu’il évoque, sa sensibilité et ses diverses particularités.
Il devient vivant. Sa mélodie invente ses notes, elle peut créer son propre monde. Et quand la main se met à danser sur le papier, un doux vertige se répand sur les pensées.




vendredi 15 septembre 2017

L'été s'éternise...





La baie gonfle et se gorge de suc
Prend la couleur brune du sucre
Au soleil flamboyant de l’été
Elle a lentement cristallisé
Sa douce chair pour plaire
Au désert et ses nomades stellaires.
Les fleurs sauvages se reprennent
Ajustent leurs coiffes châtaigne
La chaleur est étourdissante
La saison était éblouissante.
L’été s’en va doucement
Brûlant les dunes impunément
Laissant les palmiers s’alourdir
Des fruits de l’automne à venir.
Ses rayons s’alanguissent sur la ville
Révèlent les fugaces idylles
Ces tendres entrelacs d’étreintes
Et leur durable estivale empreinte. 

De l’autocensure en écriture,




Ivresse des mots
De miel au goût âpre
Qui glissent dans les plis
Des phrases inutiles
Boire la liqueur vive
La mâcher et recracher
La raison se penche
Sur la lie de la nuit
S’enivrer de serments
Se soûler de promesses
Suis-je condamnée ?
Par les noirs ennuis
Dans l’attente des blâmes
Au réveil de l’esprit
Qu’ai-je fait de mes projets ?
Quel juge saura jauger ?
Qui de l’autre sera damné ?
Que la hargne se réveille !
Ne puis-je un jour espérer ?

jeudi 7 septembre 2017

Marocains, nous sommes multiculturels, pas schizophrènes !







 « J’ai écrit mon identité
A la face du vent
Et j’ai oublié d’écrire mon nom »
Cet aphorisme, qui donne la notion de l’identité, est du grand poète syrien Adonis dont je partage les idées.
Car qu’est-ce que l’identité, si ce n’est l’acceptation de ma nature humaine d’abord, avant toute autre considération. Qu’est-ce qu’un nom, sinon celui par lequel on m’a baptisé, et dont certains voudraient se servir pour m’enfermer dans une case culturelle.
En théorie, l’identité, par son côté philosophique, comporte trois notions : c’est d’abord la relation de tout individu à lui-même, son appartenance à un groupe, et enfin le degré de ressemblance des membres de ce groupe. En psychologie, c’est la représentation de soi que cet individu se fait, et comment le groupe le perçoit.
Dans la réalité c’est tout autre chose. Dans la vraie vie, on voudrait séparer les gens en groupes, en castes, par leur naissance, leur formation, ou leur culture. Et comme Adonis, je m’insurge et refuse cette séparation, en l’écrivant à la face du vent.
Certes, j’habite au Maroc, je suis Amazigho-Arabe de "souche", mais je suis également arabo-occidentale de culture. Et j’adore ces deux versants de ma nature. N’en déplaise à tous ceux qui veulent se replier, et s’enfermer dans le carcan d’une identité culturelle exclusive, moi je me meus avec aisance dans les deux, sans que cela n’induise un paradoxe. Mes deux cultures ne sont jamais en opposition, ils s’enrichissent et se multiplient l’une par l’autre, et forment mon être, ma véritable seule et unique identité.
Il n’y a aucune "schizophrénie" dans cet état de fait, puisque j’ai la liberté de choisir laquelle incarner, et que je l’applique consciemment à tout moment. Je ne me sens contrainte ni par l’une ni par l’autre, et peut m’émouvoir aussi bien d’une chanson d’Oum Kaltoum, de Abdelouahab Doukkali ou de Idir, que d’une chanson de Jacques Brel ou d’Aretha Franklin. Je peux lire Rubaiyat Al khayam et Naguib Mahfoud, comme j’adore partir à la recherche de tous les temps perdus, que ce soit celui de Marcel Proust, ou bien les œuvres de Marguerite Yourcenar.
Mon identité ne s’étend pas à un pays ou une région, elle est la liberté de me sentir entière dans chacune de ces deux cultures. Celle Amazigho-arabe qui m’a fait naître et qui m’a été offerte, et celle occidentale que j’ai acquise, que j’ai fait l’effort d’étudier et d’approfondir, et que j’assume entièrement.
Je ne me sens pas étrangère à cette dernière, je l’ai gagnée par mes études, mon travail et ma persévérance. Je ne la dois à personne. Une culture est un essaim de pollens portés par le vent, elle fleurit là où elle trouve un terrain favorable, là où elle est bien arrosée et entretenue. Comme je ne vois pas d’inconvénients à ce que d’autres s’approprient et développent celle de ma naissance. Cela a déjà été le cas par le passé, et peut continuer maintenant. J’aurais pu m’intéresser à la culture nippone, ou mexicaine, ça n’aurait rien changé, je serais dans l’acceptation de cette deuxième ou troisième culture.
L’identité s’écrit à la face du vent, comme a dit le poète, il a oublié d’écrire son nom, tant il se sent universel. Pour ma part, je déteste également les mots tels que fermeture, clôture, frontières et pensée unique… Ils me rendent claustrophobe.
Mon choix de m’approprier ces deux cultures est délibéré, et je hais le terme de Schizophrénie, qui s’est emparé de toutes les discussions, un tant soit peu "intellectuelles".
On est multiculturels, il faut l’admettre, une bonne fois pour toutes, afin d’éloigner ce spectre psychiatrique qui nous rendrait grands malades mentaux. On est multiculturels qu’on ait fait des études ou pas, qu’on le veuille ou non, et cela se voit tous les jours dans nos villes et nos campagnes. A des degrés divers, il est vrai, mais des nuances existent. Et chacun est libre de puiser dans l’une ou l’autre des cultures qu’il lui soit donné la chance de vivre ou d’étudier, ce qu’il pourra, mais également ce qui lui plaira. De créer son alchimie particulière, d’avoir une saveur unique, avec un bouquet riche, à l’image de notre bonne cuisine. Ainsi que de l’exporter et de la diffuser, en tout ce qu’elle a de bien et de positif.
On est multiculturels, c’est celle-là notre identité. Et plus vite on l’admettra, mieux on vivra bien, dans l’acceptation de soi-même d’abord, mais également dans l’adhésion et l’ouverture aux richesses des autres cultures du monde.



mardi 5 septembre 2017

Des mains,




Vides sont les mains qui ne saluent,
Ne touchent, n’embrassent un ami ou un voisin
Qui calculent parcimonieusement leurs gestes,
Qui ramassent et comptent la moindre pièce
Et ne servent qu’à se bourrer le ventre.

Vides sont les mains qui ne se tendent vers l’autre
Qui ne caressent, aiment et réconfortent
Qui se croisent sur un buste creux
Qui n’ont pas d’âme, et restent pendant,
Le long d’un corps, à l’apparence vivante.

Mortes sont les mains qui n’offrent rien
Qui ne travaillent, ne transpirent, n'écrivent
Ne se salissent, afin de partager leurs biens
Des mains gantées, figées de toute humanité
Qui se putréfient en fétides moignons.