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Artisan orfèvre des mots, spécialisée dans le filigrane.

mardi 25 avril 2017

Poème : Le festin des justes



Bois de ce liquide frais, il étanchera ta soif d’équité,
Emprunte sa pétulance et ses bulles de jouvence.
Bois ce fluide plaisant, ce nectar des anges apaisant,
Laisse sa douceur t’imprégner, lénifier ton impétuosité.
Bois de cette liqueur, ce suc qui éloigne les imprécateurs,
Saisis son essence, les nuances de sa richesse et son aisance.
Bois de cette fontaine, de cette source pure et sereine,
Que valent les pensées, si elles n’étaient empreintes de vérité.
Que vaut la sincérité, si la culture de la soif devait l’emporter.

Mange de ce pain bénît, il affinera tes vues et tes arguties,
Puise la force de son terreau, et de ses éclairés héros.
Mange ces fruits délicats, ne laisse aucun reliquat,
Repais-toi de leur authenticité, qu’ils soient ta seule réalité.
Mange la moisson des cieux et même ces aliments religieux,
Mâche bien les dogmes, que chaque bouchée soit axiome.
Mange cette nourriture, ces pitances pures, sans garniture,
Que valent les idées, s’ils ne transcrivaient la sincérité.
Que vaut la franchise, si la faim est assouvie en marchandise.

La soif appauvrit les esprits,
La faim pétrit des peuples soumis.


mercredi 19 avril 2017

Billet : Le réfugié


Un goût de sable mouillé, de sel et de soleil emplit sa bouche quand il ouvre les yeux.
Il n’est pas celui qui se prélasse sur une plage dorée de la méditerranée, mais l'un des rares rescapés des zodiacs de la mort.
Il crache non pour libérer ses bronches encombrées de l’eau saumâtre,
mais de l’horrible impression d’avoir ingurgité des particules vivantes.
Il se demande s’il pourra encore manger du poisson, engraissé de chair et de sang de ses frères dans la détresse.
Ces centaines de milliers qui ont sombré, s'étaient lancés comme lui, pour trouver un havre tranquille.
Pourchassés par la guerre, la famine et l’oppression, ils ont abandonné leurs terres, leurs frères et l’âme de leurs ancêtres.
Se sont enfouis pour échapper à l’enfer, pour garder la flamme de l’espoir, comme un dernier geste survivance…
Fuir pour frôler le sol d’un refuge, ils gisent comme des déchets, rejetés d’une vague à l’autre.
Fuir en oubliant que leurs pères avaient nourri cette même terre de leurs récoltes, de leurs sueurs, et des richesses de leurs entrailles.
Fuir dans l'amnésie de leur exploitation, et des manigances pour leur vendre des armes.
Fuir la faim, comme ultime offrande sur l’autel des sacrifices, pour nourrir les sbires, suppôts de Charon, les menus fretins, et même la faune aquatique.
Hébété encore, il en prend conscience et considère l'océan qui l’a régurgité, et cette fosse commune à ciel ouvert de débris humains qui jonche le sable. 
Il porte sa vue au loin, de l’autre côté de la rive, dépasse de son regard la mer de désolation qui le sépare d’elle désormais, et lance un cri qui sort du ventre de la Terre.
Un hurlement qui a traversé l'espace et le temps, connu de tous les peuples opprimés, obligés de fuir, pour mieux se jeter dans la gueule du loup.
Il a enfin compris, et pleure de consternation et d'impuissance.
Il a enfin compris, il n'y a de paix nulle part.

dimanche 16 avril 2017

Chronique : Un autre regard sur les dons




Mon billet est pour ces hommes et ces femmes dignes qui ne demandent pas la charité.
Ils n’ont que faire de notre condescendance, notre pitié et notre morale variable. Ils tracent leurs chemins, loin de nos tumultes, loin de nos mesquines préoccupations, et ont un seul et unique objectif : survivre et nourrir leurs familles.
Alors quand nous venons les voir, avec nos petits dons et nos aides temporaires, ils les acceptent, non parce qu’ils pensent que ça va changer leurs vies, mais pour nous rendre la politesse. Accepter les choses qui leur sont inutiles parfois, ils font ça pour nous faire plaisir. Ils ont cette générosité, cette noblesse de l’âme, qui les fait sourire et reluire la bonté dans leurs prunelles. Ils les prennent parce qu’ils savent que la joie la plus importante est celle de donner, ils les prennent, et je dirais presque, par compassion pour nous.
Car croyez-vous un instant que ce que vous offrez va transformer leurs vies ?
Croyez-vous qu’une fois partis, une fois les lumières éteintes, ils vont aller mieux ?
Aussitôt donné, aussitôt distribué et consommé. Eux qui n’ont rien, dans leur quotidien, partagent sans compter. Du quignon du pain qu’ils gagnent laborieusement, aux vêtements mille fois rapiécés qu’ils se passent de l’un à l’autre. Ils sont bien plus grands, bien plus dignes, bien plus généreux. Je le vois tous les jours à leurs comportements, à cette flamme qui s’allume quand l’un d’eux est encore plus dans le besoin, à ces plateaux de thé et aux simples galettes qu’ils offrent, si on prend juste la peine d’entendre leurs histoires.
Alors oui, ils sont nécessiteux et vivent dans la précarité. Mais la richesse de leur cœur excède très souvent la nôtre. Ils la partagent sans compter et en font bénéficier leurs voisins, leurs connaissances et tous ceux qu’ils croisent. Que serait la vie, que serions-nous, si cette bienveillance, cette solidarité, devait attendre nos rebuts, l’excès de nourriture de nos frigos, ou encore notre bon loisir ?
Doit-on pour autant les abandonner, les laisser soulever seuls leurs fardeaux, sans contribuer un tant soit peu à l’alléger ? Doit-on se montrer plus charitables ?
Je dirais que chacun trouvera sa réponse, celle relative au sentiment qui lui correspond le mieux, et que ce texte aura effleuré. Mais je remplacerai le mot faire un don par faire son devoir. Car ils nous le doivent, même s’ils ne réclament rien.
De leurs vies simples, et leurs croyances encore plus simples, ils ont cette conviction que leur souffrance sur terre sera allégée au ciel. Ils acceptent leurs destins comme une épreuve pour aspirer à rentrer au paradis.
Mais nous, qui avons eu la chance d’une naissance plus avantageuse, nous avons le devoir de nous montrer justes. De réclamer, de revendiquer afin d’améliorer leurs conditions de vie. De nous battre pour la décence de leurs logements, pour qu’on leur octroi les mêmes droits, que ceux dont nous jouissons. Et que le mouvement de solidarité soit national, pour qu’ils puissent au moins nourrir et vêtir, soigner et éduquer leurs enfants, aux mêmes standards de qualité que les nôtres.
Ils sont nos frères et sœurs, et l’âme de la société qui nous fait vivre. Nous avons autant besoin d’eux qu’ils ont besoin de nous. Les oublier, c’est pervertir le message de notre passage sur terre, nos propres aspirations, et notre conscience. Les oublier c’est perdre notre humanisme.
Les oublier surtout, c’est prendre le risque d’une vague de fond, d’un soulèvement, dont nous ne sortirons pas indemnes.


mercredi 5 avril 2017

Réflexion : De la traversée du désert



Il est des déserts, comme des plaines, des montagnes et des forêts, des saisons pour couper à travers et d’autres où il vaut mieux s’en abstenir. Se détourner de ces chemins dangereux, selon le temps, serait le conseil avisé de l’ami qui vous veut du bien. Mais on ne le rencontre pas souvent, et surtout, pas au moment opportun. Mais parfois, c’est notre entêtement à vouloir se dépasser qui nous lance dans ces voies, qui nous pousse à braver nos effrois.
Mes déboires les hivers avec les montagnes enneigées, et leur rude climat qui m’a gelé l’ambition et glacé le sang, m’ont values des frustrations, sans jamais cependant me pousser dans mes derniers retranchements. C’est sans m’écarter des pistes tracées, que j’ai trouvé la force de continuer, et quoique me sentant toujours transie, je m’en suis finalement sortie.
Celles des plaines au printemps, m’ont values quelques rincées et éclaboussures de boues, qui m’ont salie sans bouleverser ma vie. L’eau cristalline de roche a lavé les taches, et c’est avec panache que j’ai recouvré mon luisant d’antan. Faut-il aussi que je parle des bourrasques versatiles de l’automne en forêt, et de leurs conséquences sur mon passé ? Quand le vent soufflait si fort, qu’il tendait la main à l’intérieur de mon corps et dispersait non seulement mes feuilles caduques, mais également les pousses tendres de mon cœur...
Ce sont finalement les souvenirs de ma très longue traversée du désert, et son silence fantomatique que je craignais depuis ma jeunesse, qui m’ont le plus touchés, m’ont façonnés, et je pense, ont déterminés ma destinée.
On ne sait qu’on s’engage dans les régions désertiques que lorsque le voyage est solitaire, et qu’on réalise tout à coup qu’on y est vraiment. Spécialement l’été, lorsque l’astre chauffé à blanc est à son zénith, et qu’on ne trouve aucune fuite à son dégueulis de rayons surchauffés qui se déversent sur le sol, et embrassent les moindres parcelles de votre terre désertique. Lorsque même l’ombre semble fuir les pans des murs et se réfugier loin de vous, vous laissant tête nue, à la merci des insolations et des hallucinations.
Quand la chaleur devenait si dense qu’elle semblait frapper les murs en résonnances auditives, qui se répercutaient dans l’espace en écho, façonnant une sorte de musique, une dissonance cacophonique, lorsqu’elle était accompagnée des stridulations des grillons. La bacchanale s’élevait alors, et on ne savait si on était en train de mourir et que c’est ceux-là les cornes de brume qui ouvrent les voies célestes, ou bien seulement le délire d’un esprit déshydraté, qui y trouvait un dernier refuge afin d’adoucir ses ultimes moments de conscience.
Parfois, tout se taisait et on entendait le silence. Un silence lourd, celui qui appuie sur le corps et veut l’enfoncer sous terre, l’enterrer dans ces zones arides et rocailleuses, et s’en détourner sans jamais se retourner. Le ciel à ces moments-là restait d’un bleu placide, n’entendait aucune sollicitude. Il semblait avoir oublié qu’il pouvait se montrer clément, et invoquer quelques salvateurs nuages pour se rendre moins intransigeant. Il reflétait la lumière du soleil, et prenait un malin plaisir à la diffuser, à la diffracter, dans les zones non touchées par sa clarté, et dans une à une de vos cellules, dans tout ce qui compose votre humanisme.
S’il y avait de la beauté, de la majesté et de la grâce dans les images poétiques du désert, elles se ternissaient alors, se dépréciait par l’odeur de flétrissement d’une peau en début de décomposition. Passé les premières eaux, très rapidement libérées et évaporées, sans trop incommoder votre sens olfactif, venaient par la suite celles de la chaire profonde. Celles d’un corps qui cuit de l’intérieur, et exhale l’odeur de putréfaction de toutes ses vieilles mélancoliques libations.
Sur une route semée d’embûches, c’est dans le refuge des livres que souvent on trouve du réconfort. Et même si le soir, la chaleur emmagasinée par les murs continue de libérer ses ondées suffocantes, le pouvoir de l’imagination les fait dévier et prendre des chemins plus déblayés. Peupler les rêves afin de donner le courage de se lever le matin...
Sortir de ce désert c’est comme aspirer la première bouffée d’air pour un nourrisson, se sentir vivant. On titube en faisant ses premiers pas, on ne mesure pas encore sa chance d’avoir été délivré, on trébuche et on s’étale le plus souvent. Mais quel bonheur de le dépasser, de lâcher prise et laisser son âme parler. De croire que le mirage n’est pas une folie, et d’inspirer goulûment l’air frais qui vient de tous les côtés.
Peu importe la quantité de sable et de poussière qu’on aura avalé, vivre à l’ombre de ses aspirations, adoucir et redessiner chaque jour comme s’il était le dernier, est le dessein ultime que tout un chacun devrait se fixer.
Sortir du désert est la vraie naissance.