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Artisan orfèvre des mots, spécialisée dans le filigrane.

dimanche 31 juillet 2016

Billet : Hommage posthume.

J’ai choisi le lys pour t’honorer, me rappeler ta vie, ton parcours, ta destinée. Des fleurs belles et élégantes comme tu l’as toujours été, des fleurs si parfumées, à l’odeur entêtante, comme tu le fus aussi.
Que dire à cette tombe, écrin d’un être très cher ? Comment commencer ton hommage et par quoi le finir ?
Tu as été une étoile filante, un arc-en-ciel après l’orage, une pluie de météorites scintillantes. 
Tu étais la bonté et la gentillesse, ton charisme illuminait les pièces, tu étais l’amour et la tendresse, un feu d’artifice le soir d’une grande fête nationale.
Tu es partie par un de ces jours d’ailleurs, comme pour nous narguer, nous imposer ta souvenance. Tu le savais pourtant, ton empreinte est gravée dans nos cœurs. Toi et tes semblables avez emporté mon âme, pourquoi ceux que j’aime partent des jours mémorables ?
J’ai apporté un bouquet pour fleurir ta tombe, mais tu as toujours aimé partager, alors je vais en déposer une à tous nos proches. Les partis trop tôt, fauchés par des accidents, les raflés par les maladies, qui n’ont pas eu le temps de faire leurs adieux, les cimetières en sont si pleins que je n’en aurais jamais suffisamment, j’y passerais la journée que je n’en viendrais pas à bout.
Il n’y aura jamais assez de lys pour mettre sur tous mes tombeaux.
Repose en paix, reposez tous !
Et gardez-moi une place, pas loin de vous...

mardi 26 juillet 2016

Poème : Musicothérapie



Quand les cris tonnent, le bruit menace,
Le pourpre envahit mon espace.
Il descend, 
En révolution, 
Se répand,
Et se dilue dans mon sang.
Il pulse dans mes veines,
Il exacerbe mes peines.
Il réveille mes regrets,
Et dévoile mes secrets.
J’invoque le rythme, 
Provoque le schisme,
Sarcle l'instinct, 
Détourne le dessein.
Et quand l’harmonie donne le ton,
Que le souffle qui m’anime libère ses chaînons,
Et dégage l’air encombré dans mes poumons,
L'accalmie descend, 
La mélodie scelle l'assourdissement,
Et j’entends de nouveau mes battements.
Par la grâce le rouge se dilue, 
S’estompe, 
Et devient blanc,
C’est le moment rare et précieux de l'apaisement.


jeudi 21 juillet 2016

Billet : Une aide précieuse, méa culpa.

Elle pétrit longuement la pâte, les manches retroussées, tenues par un élastique croisé dans le dos. Des perles translucides se forment sur son front et d’autres glissent, échappées de son fichu, des rares cheveux que par dernière coquetterie elle teinte au henné. Elle a les doigts osseux, la peau transparente et des tâches de lentigo. Elle est maigre, toute parcheminée et encore à genoux.
Elle façonne des boules qu’elle dispose sur une planche en bois farinée, les aplatit et les couvre d’un drap. Elle me regarde enfin, avec ce léger sourire qui déride ses traits et se frotte les mains, faisant voler les particules de ses avant-bras. Les jambes croisées sur la vieille couverture pliée qu’elle avait placée au sol à mon intention, je suis fascinée par le grand halo qui se forme autour d’elle.
Je dois avoir six ans et ma Dada est aussi vieille que le monde.
Elle porte deux Dfinas bariolées superposées sur un Caftan uni et un Seroual ample qui cache ses fines gambettes. Les pans des différentes couches sont relevés, glissés sous sa ceinture, et forment une bouée qu’elle protège par un tablier Vichy. Ma langue salive d’anticipation de l’odeur de pain chaud, elle ne manquera pas de m’en offrir un quignon, dès son retour du four public, pour me faire patienter jusqu’au retour de mes parents. Sa présence illumine notre maison. Elle est la bonté, la tendresse et la représentation juste du dévouement.
Et puis un jour elle disparaît, et on me dit qu’elle est retournée à sa campagne d’origine, qu’elle ne connaissait plus que de nom, et qu’elle avait aidé sa vie durant. Son père venait chercher régulièrement son petit pécule, puis ses frères et enfin ses neveux. Elle nous a tous servi, sans se plaindre, sans protester sur sa condition. Les mots me manquent pour décrire cette abnégation, cette mère de substitution, ce cœur en or.

D’autres prennent très vite sa place, mais pour moi, aucune ne la remplace. Elles lavent, récurent, époussettent, cuisinent, battent les tapis, repassent et nettoient. Chacune sa spécialité, certaines, toutes à la fois. Une armée de mains dont les formes et les visages ne sont plus qu'un lointain mirage.