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Artisan orfèvre des mots Spécialisée en filigrane.

samedi 9 janvier 2021

Sur l’eau de ton âme



Sur l’eau de ton âme
Vogue la fleur du crépuscule
Elle est promesse
D’ivresse
Aux abords du vertige
Rouge orange et rouille bleue
L’éternité s’écoule
De son regard
Elle déborde de tes yeux
Parfois
Et fraie un chemin
Sans fin tu la suis
Comme un rappel
Occulte
Elle t’éveille au frêle
Et révèle d’autres nuances
C’est une fleur particulière
Faite de soleils de minuit
Et d’hésitations de bruit
Sa respiration est vibrante
Comme la joie
Elle fait reculer la nuit
En toi.

dimanche 1 mars 2020

Le temps de se défroisser



Au champ des oiseaux sauvages
Les mots sont en jachère
Leurs fenêtres sont ouvertes
Sur la nuit
Parfois,
Entre les averses que l’été a quêtées
De vieilles roses jaillissent
Elles sont silencieuses
Et s’empressent de s’éclipser
Juste le temps de se défroisser.

mercredi 12 février 2020

J'écris de l'abyme



J’écris de l’abyme
Des eaux dormantes au ciel

Les mots sont ma résistance
Ils semblent réduire la distance

Ils remplissent le devoir qui leur échoit
Entre eux et le vide
Je me tiens,
Au seuil du crépuscule
À la croisée des fils blancs et noirs

Je les regarde s’empiler
Je fais silence
Et mesure parfois leur impudence

J’écris longuement
Enveloppant mes phrases de coudées lettrées
Qui exhaussent

J’écris pour qu’ils m’agrippent
Qu’ils m’extirpent

J’écris la fatigue
Et son langage tremblant
Sur le fil
Bordant le néant

Je parle d’apesanteur
Il en faut pour résister
À la charge d’exister

Je décris la profondeur
Des intervalles
Oscillatoires
Constellées de vertige

J’écris ce vertige qui me choit
Jusqu’à taire l’éphémère

Jusqu’à l’estompe
Je dis les maladresses
Je défais mes tresses
Je décante
Le secret des langues

Je dis la patience
J’écris le réveil
Sur l’arche blanche

Je dis l’amour et ses courbures
Le feu
Qui désaltère
Les écorchures

L’ombre de jours
En prime
Qui s’étale
Et me comprime.


mardi 14 janvier 2020

Par les soleils d'hiver


Par les soleils d’hiver
Submergés de pluie
Par les ailes perpétuelles
Et l’aube des ultimes chemins
Par le mot premier
Et le beau entier
Je m’affranchis des derniers remparts
Je m’étends et m’égare
J’éternise mon regard.


Dans "Cycle amour, nature et écritures"

samedi 4 janvier 2020

Voici un reste de parfum



Voici un reste de parfum
Pour que demain soit tendre
C’est à l’aune des penchants
Que se mesure le chemin
Je ne garde rien
Mon rêve est pierre blanche
Inondée de clarté
Au souffle déplié
Sur la vastitude du monde
Il est nourri de mots légers
Que l’on pose sur le seuil du matin
Des gouttes odorantes
Ponctuent la distance
Ici le silence est artisan de mes vers
Il frissonne sobrement
Dans l’atmosphère
D’années closes
J’ai gardé la fraîcheur sentimentale
Demain est au tournant égaré
Au cœur de l’attente
Un printemps de plaines aux arômes exquises
Voici son bouquet de mémoire essentielle
Un signe fidèle au serment échangé
Un éternel messager.

Dans : "Cycle amour, nature et écritures"

lundi 16 décembre 2019

Les mots vrais



Il y a des mots que l’on pose
Comme des choses
Ils sont concrets,
Touchants de consistance
Ils ont une densité et une présence
Sont bouleversants
Et inespérément réels
Des mots immortels assis sur la paroi du monde

Ils ne sont pas les mêmes pour tous
Et combien en sont dépourvus
Combien sont dans l’attente de ces mots tendres
Car ces mots gouttent de sentiments
Ils submergent
D’une brève intensité
Ils ne durent que le temps de les prononcer
Prennent leur souffle d’une sensibilité occultée
Qui se lâche
Et marque l’esprit qui les reçoit
Ils s’étendent et hantent l’âme
Ils deviennent puissance, une énergie
Qui ensoleille le cœur
Qui le met en accord et en harmonie
Du corps

Ce sont des mots étreinte de chaleur
Qui se pose en lisière
De l’émotion intérieure
Ils l’allègent et l’embellissent
Ils guérissent.


mercredi 4 décembre 2019

Chroniques et Fragments de Marrakech - Préambule




Préambule

À chaque fois que j’arrive à la pharmacie, j’ai l’impression de traverser l’espace-temps. J’y atterris en réalité, comme téléportée d’un univers à un autre.
Ici, nous avons encore Lalla Kabbour, Sid Lhaj*, pour une raison qu'on ne sait pas, et Lal’ T'hor. Ici, le pain est encore pétri à la main et traverse le quartier sur sa planche en bois, avant d’être enfourné par Moul Lfarrane*. Ici, on promène en main un seau avec tassa* et saboun lbeldi*, une bonne louchée de henné sur la tête et débordant sur un zif* blanc. Et on donne un pourboire à Lgallassa*, afin qu’elle garde un œil sur les vêtements de rechange. On mange lehsouwa* au réveil, puis Chfanj* en petit-déjeuner sans se soucier de l’huile de friture, qu’on essuie à peine avec du papier glacé. On compte sa monnaie après l’achat d’un cône de sucre, et on donne les dernières pièces au premier mendiant qu’on trouve. On se fait un thé, on offre un verre rempli à raz-bord à la voisine, et on garde gracieusement les enfants des unes et des autres, parties aux courses quotidiennes.

Ici, c’est encore et toujours Marrakech. Les coulisses d’une ville que l’on peut comparer à un studio géant de cinéma, avec ses acteurs célèbres et ses décors fastueux. La seule chose qui ne change pas de part et d’autre de la scène, c’est la fumée des motocyclettes et des voitures, ainsi que les murs qui rougissent régulièrement par un dernier maquillage. La technologie est bien rentrée ici également, elle est sur les portables allumés en permanence sur des youtubeurs divers ou des recettes dont on aimerait bien pouvoir s’acheter les ingrédients. Et il y a aussi cette autre chose, que l’on peut qualifier d’universelle: le regard des enfants et des adolescents. Cet espoir qu’on lit dans leurs yeux... et qu’on espère ne jamais voir disparaître. Et dont on scrute ici les dernières lueurs, au fil des ans, au fil des saisons, alors qu’ils s’enfoncent dans la vie courante...
Quelques éclats persistent ici et là, quelques déménagements et vagues emportent certains, mais la majorité perpétue ce pour quoi ils ont été conçus... Et c’est ainsi, depuis que je travaille ici, depuis trente ans.


Des rues ont changé leur fin revêtement, et sont reprisées par divers travaux. Des petites bâtisses et des garages ont abandonné le zinc, et les cours où résistaient quelques petits troupeaux, pour le remplacer par des briques et du ciment et monter d’un étage. Des poches de résistances persistent, et on trouve encore des toits de roseaux enchevêtrés et talochés d’aggloméré, on dira après que c’est la nature qui s’est infiltrée et a emporté les plus fragiles. Parfois, j’ai l’impression que l’expression "poche de résistance" a été ironiquement inventée pour eux, car c’est les mêmes qu’on peut qualifier de sans-poches. Ils sont ouvriers, vendeuses de légumes, amuseurs et amuseuses publics ainsi que travailleurs en tous domaines manuels. Quant à ceux des petits garages, le ferronnier est toujours là, avec sa tourneuse infernale, qui vous vrille la tête et les tympans. Il reste toujours cyclist’, surchargé de pneus, et plus loin son compère de réparations diverses automobiles et sa montagne de pièces usées de rechanges, qui s’y met quand bon lui semble et n’ouvre pas des jours entiers, sans prévenir et sans raison particulière, et surtout sans que personne ne lui en fasse le reproche. On vient, et si c’est ouvert, c’est ouvert, si c’est fermé, et bien on s’en retourne et on revient un autre moment ou bien le lendemain. Chacun travaille comme il lui plaît : Lpissri*, Lmahlaba*, les nouveaux magasins del’khourda*,  côtoient la remise où s’entrepose et se vend le pain sec au gros. Il reste également le souk quotidien et aussi l’hebdomadaire.

Ici on ne côtoie pas de palmiers. La vie semble n’avoir pas changé au fil de toutes ces années, bien qu’une agence cash se soit implantée au milieu de tout cela. Même les écoles et collèges qui me font face ont gardé la même façade, à peu de choses près. Le changement est si lent ici, qu’on dirait que le temps s’est arrêté, qu’il s’est distordu, s’est empâté et peut se mâchouiller. Certains parleraient d’authenticité, je ne suis pas certaine que ce terme convienne. C’est un mot qui me rappelle celui de folklore, que certains emploient pour nommer la musique populaire. Mais qu’en sais-je ? Je ne suis ni sociologue ni linguiste ni n’ai l’œil touristique. Je taloche, moi aussi, le portrait d’un bout de quartier, sans y porter de jugement. Je parle avec ma sensibilité de vraies personnes, de gens vrais, et non de "petites gens", comme certains aiment à les qualifier. Je décris ceux qui ont construit les décors spectaculaires de la ville, et qui ne sont pas tous aimables. Ils sont cependant et dans leur grande majorité bienveillants, et peuvent tout à fait être représentatifs de près des deux-tiers des citadins de ce grand pays. À la seule différence de la profondeur du fossé des contrastes qui sépare ce quartier, du reste de cette grande ville.

Un dernier point concernant les habitants de ce quartier et qui me touche d’une manière singulière, bien que je m’en défende : Après toutes ces années d’exercice, de relations médicales et amicales, une certaine distance demeure. Elle est probablement due à ce comptoir qui nous sépare, il n’en reste pas moins que je ne me sens pas tout à fait assimilée, et que j'ai cette impression de passagère admise dans un lieu, et que l’on défendrait si cela s’avérait nécessaire. Je suis la sorte d'étrangère, et c’est par un hochement de tête et parfois un sourire, que certains me remercient de la visite.



« Chroniques et Fragments de Marrakech »
Meriem Hadj Hamou


Vocabulaire dialecte employé :
Sid Lhaj : surnom généralement donné à quelqu'un qui revient de pèlerinage
Moul Ferrane : four public de pain
Tassa : petit récipient par lequel on puise l'eau d'un seau au hamam
Saboun lbeldi : savon noir de hamam
Lgellassa : sorte de chef de hamam et qui garde aussi les sacs de vêtements
Lhsouwa : diverses variétés de soupe de semoule
Chfenj : beignets traditionnels
Lpissri : épicerie de quartier
Lmahlaba : sorte de crèmerie, mais avec yaourts, gâteaux et petits pains et sandwichs
del'khourda : vêtements usagers ou neufs de mauvaise qualité en des tas pêle-mêle.

mardi 17 septembre 2019

Et si tu revenais ?


Et si tu revenais ?
L’été nous a éreintés
Nos feuilles desséchées
Attendent un petit souffle
Quelques gouttes de rosée
Pour panser les boutures

Nous allons nous défaire
Retrouver l’essentiel
Du rêve de naguère. 


Traduction en arabe par le poète Mohcine Ghailan :
فهل من رجوع ؟
لقد أنهكنا القيظ
وأوراقنا التي جفت
تنتظر هبة نسيم
بضع قطرات من الندى
لتضميد فسائلها
،ذواتُنا
سنعيدها إلى سيرتها الأولى
ونلاقي من جديد
.روح أحلامنا القديمة

Dans projet : " Cycle amour, nature et écritures "

mardi 9 juillet 2019

Fulgurance...




Il arrive qu’une idée s’échappe d’un vieux songe et se loge dans le cœur.
Une idée toute frêle, modeste, qui n’a encore aucune consistance ni contour. Une idée jamais envisagée et qui tombe comme une miette de pain du repas d’un tribun un jour de faim. Ou comme un coquillage solitaire, dans une promenade sur un rivage désert.

L’idée point comme une lueur, une chance à saisir. Elle est comme une promesse de chaleur dont on connaît inconsciemment le flamboiement. Et nous ne pouvons contrôler ce réflexe, bien qu’elle nous trouve recroquevillés, perdus dans nos désillusions, ternes et sans appétence, pliés dans l’irrévérence.

Comme un don que l’univers a décidé de nous prêter, elle possède un attrait qui montre un chemin à emprunter. Alors aussi fantaisiste soit-elle, aussi ténue sa prescience, aussi improbable sa permanence, il est toujours intéressant de la suivre. De tenter de la cultiver afin de voir si elle peut prospérer. Elle n’est certainement pas le fruit du hasard, mais d’un instinctif et intérieur espoir, qui se manifeste comme une fulgurance de beauté.

Quand bien même elle n’éclate qu’un instant, si elle est éphémère - comme la joie ou comme l’amour -, son rayonnement aura éclipsé l’espace de son passage nos sombres pensées.
Et même si elle n’est pas destinée à être notre voie, pour toujours elle sera l’étoile qui scintillera dans le ciel de nos nuits froides.


dimanche 30 juin 2019

Floating...







Flotter
Donne l'impression que tout est possible,
Qu’une main vous maintient en équilibre
Et que l’infini du ciel se répand
En profondeur
Dans ton cœur.
Se laisser glisser
Afin de prolonger la grâce,
Et ressentir l’envasement du temps
Et la liberté de chaque instant.



mercredi 26 juin 2019

Le jour est un territoire infini




Le jour est un territoire infini
De germes de beauté et d’harmonie
Le matin naît compact et à l’aurore se déploie
Il est un paysage et un voyage entre le visible
Et l’intemporel insaisissable.

Cultiver son regard
Pour sonder cette conscience
Par son âme et sa science
Est l’essence
Qui réverbère la lumière.

dimanche 28 avril 2019

Eveil...




Le jour est à portée de voies,
Il étire ses bras sortis de la nuit
Et les étend
Pour prendre son élan

On y entre par le bleu
Ou par la couronne de feu.


jeudi 28 mars 2019

Je plante un sourire



Je plante un sourire
Dans ton cœur,
Je l’arrose
De ma prose
Et attends que sa fleur
Dérobe ta douleur...


mercredi 6 février 2019

لباس العفة





العفة ليست قطعة قماش
و لا هي زغب أذقان
بل هي تحلي النفس بجوهرة النقاء

العفة رداء و ليست لباس
هي رداء الأخلاق
هي وضوح النواة
هي حسن الطوية الذاتية
الاحترام الذي يظهر على وجه
كل صادق و صادقة
فليست هي مظهر
لباس تنكر

العفة مقياس
يتحدى كل منبر أو لباس
ففي هذين رياء و غموض
و في داخل العفة شظية بهاء
تعتلي الهيئة
فهي رداء نور إكبار وجيه
يجتاز كل تحريف و تحديق

samedi 2 février 2019

Pensées d'une journée spéciale




Aussi paradoxal que cela soit, les douleurs du corps, celles pour lesquels on souffre le plus fortement, et dont le tourment est si intense qu’on a l’impression d’être déchiré, ou que notre cœur est sur le point d’exploser, sont celles que l’on oublie le plus facilement et avec grande célérité, dès leur soulagement…
Les douleurs de l’âme, elles, ne s’oublient pas. Et même lorsque nous avons l’impression de les avoir surmontées, aux moments les plus heureux de notre existence, il suffit d’un oblique d’une ritournelle pour qu’elles reviennent, éternelles, aussi puissantes que l’amertume d’une olive cueillie sous le soleil d’un automne. Aussi revêches à toutes consolantes. Aussi réelles et affligeantes…

Ces douleurs-là sont celles qui nous font verser des larmes denses. Elles fertilisent le champ de l’esprit, et cultivent les germes fragiles de notre humanité.


jeudi 10 janvier 2019

Plaidoyer pour que le Nouvel An Amazigh soit férié au Maroc,



Lien de l'article publié par le Huffington-post



Férié - Tout d'abord parce que c'est une très belle occasion pour s’amuser et faire la fête, et ensuite afin de rendre hommage à nos origines, notre culture et notre langue amazighes. Et si toutes ces raisons ne sont pas suffisantes, sachez que le Yennayer Amazigh, daté pour cette nouvelle année en 2969, est l’un des rares calendriers au monde à avoir un référent historique, sans aucune influence confessionnelle. Il est donc purement laïc, capable donc d’accueillir et fêter toutes religions, sans aucune discrimination.
Le calendrier débute de l’accession au pouvoir en Égypte du pharaon Amazigh Sheshong, qui s’est passé 950 ans avant l’ère chrétienne. Une date choisie par le conciliabule de représentants amazighs du bassin méditerranéen dans les années 60. Ils se sont référés à l’histoire, ainsi qu’à l’apogée au pouvoir de cette culture. Une symbolique, certes, mais tout aussi respectable que les dates retenues par les autres calendriers religieux. Cependant, il est évident que du fait qu’il soit agraire et s’appuie sur les saisons, son origine remonte aux premiers habitants de l’Afrique.

Le peuple Amazigh parsemé dans toute l’Afrique du Nord et une partie de l’Orientale a historiquement fait preuve de savoir-vivre, de partage et de convivialité. Il a su accepter les civilisations et religions dominantes qui ont colonisé ses terres, et s’en est inspiré et enrichi. Il en a adopté certaines et a fait preuve de respect et de tolérance vis-à-vis d’autres. C’est un peuple éminemment conciliant et pacifiste, qui a su se défendre quand il le fallait également. En témoigne sa culture et sa langue, qui ont survécu malgré toutes ces influences, et qui véhiculent dans leurs chants et contes, dans leur histoire écrite et celle réservée au patrimoine oral, cette essence de liberté, des droits et valeurs humaines universelles, et de défense de l’égalité, avec une place importante accordée aux femmes. Les enfants de Tamazgha sont également foncièrement enracinés à leur culture et terre, et en sont fiers.
Ils portent tout cela dans leurs gènes et leur sang, dans les rêves qui ont habité leurs ancêtres. Une conscience identitaire qu’ils revêtent comme une seconde peau, et qu’ils ressentent comme un membre amputé et fantôme, pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’en être bien imprégnés. Mais elle est bien là, toujours aussi présente, avec ce besoin instinctif de la protéger et de l’honorer, afin que ce feu sacré et originel ne s’éteigne pas.

Alors consacrer une journée nationale à la culture et à la langue amazighes, une journée de joie et de partage à l’occasion de ce Nouvel An, serait un juste retour des choses. Un retour sur soi d’ailleurs, pour nous Marocains à près de 60 % amazighophones et pour le restant Darijophones, venus ou issus de brassage et d’immixtion avec l’Arabe, le Français, l’Espagnol, et également ceux de confession et langue Hébraïque.
Dans l’article 5 de la constitution de 2011, il est dit : "l’Amazighe constitue une langue officielle de l’État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception". Pour ma part, j’ajouterai que la culture amazighe est le patrimoine commun à tous les Marocains.
Maintenant qu’on s’est affranchi des clichés folkloriques et de la minorisation imposée à notre culture ancestrale, en introduisant son apprentissage à l’école et en officialisant sa langue, il est temps d’aller de l’avant et de considérer cette culture comme Majeure. De lui rendre toutes ses lettres de noblesse, et de l’honorer comme il se doit par une journée de festivités fériée.

Assegwas Ameggaz


samedi 17 novembre 2018

Carnet de voyage, Casablanca







Un jour j’écrirais un roman sur Casa. En attendant, je ramasse les bribes de ma mémoire. Je l’ai dans le sang. Elle est comme cet être cher que l’on quitte sans que notre histoire n’aboutisse. Alors je l’idéalise, je lui trouve des excuses, je la pare de toutes les qualités. Je ne suis pas objective, je le sais, mais c’est ma jeunesse qui est restée là. Et la jeunesse, c’est un bouquet qui ne moisit pas. Bien au contraire, c’est une fragrance qui gagne en beauté de sens. Tiens ! Rien que d’y penser, j’ai le poil qui se hérisse, ma gorge s’assèche et des frémissements partent de mon cœur pour se répandre partout ailleurs.

Casa ne m’a jamais quittée, même si je l’ai abandonnée toutes ces années. Elle ne m’en a pas voulu, et est restée égale à elle-même, avec ses plages et son port, sa vieille ville, et la nouvelle, qui est devenue bien vieille aussi. Comme moi, en quelque sorte. On change sans vraiment changer. On s’adapte au temps, et au regard du miroir…enfin surtout moi, parce que Casa ne se regarde pas, elle est le miroir des autres, ceux qui y résident encore.

Je disais donc que les rues avaient évolué. Elles se sont élargies et parées de hauts bâtiments, changées de nom aussi parfois, mais je les reconnais toutes. Et c’est comme si à chaque fois je repartais à la chasse au trésor, avec de nouveaux décors toutefois. Je vous parle de ceux que je connais, mes rapports avec les nouveaux quartiers, qui ont pris place dans les champs aux alentours, sont encore confus. Nous nous connaissons peu, alors je m’y aventure très peu. Car comment reconnaître un boulevard qui était enfoui dans un champ de luzerne ou derrière un parterre de douar ?

Bref, quand je parle de Casa, je veux parler de la ville que j’ai laissée. Celle où je rêve de pouvoir revivre et que tout le monde voudrait déserter maintenant. Comme si elle avait perdu son âme. Comme si elle n’était plus suffisamment belle pour s’en contenter. Les gens voudraient la regarder et être toujours aussi charmés, comme dans leur jeunesse. À tous les deux ! Mais elle n’a rien perdu de son charme. Elle est toujours là, aussi blanche et façonneuse de rêves. Ce sont leurs yeux désamourés, blasés de l’avoir trop fréquentée qui n’arrivent plus à la voir. Ils lui trouvent tous les défauts du monde. Essayez de la quitter et vous saurez de quoi je parle.

Il est vrai qu’il faut avoir un regard solide pour dénicher la beauté, dans le fatras qu’elle peut constituer parfois. Mais elle résiste et ne dévoile son indicible poésie qu’à ceux qui l’apprécient. Elle est comme cet arbre, un jacaranda je pense, planté sur le boulevard Zerktouni, juste à l’intersection du boulevard d’Anfa. Voilà bien deux noms qui n’ont pas changé… et qui donnent du cœur à cette histoire. Eh bien, cet arbre est tout noir. Vous me direz que c’est normal avec toute la pollution qu'il absorbe, mais si je vous dis qu’il tient encore debout et arrive même à fleurir ?!

Il croit dans un tout petit carré, derrière un mur dans l’entrée d’un vieil immeuble bas style Art-Déco. À la réflexion, je ne suis pas sûre que le bâtiment soit Art-Déco, mais il est sûr qu’il date du début du 20e siècle. C’est dire son histoire. Leur histoire à tous les deux, lui, et ce peut-être Jacaranda, toujours aussi résistants, accoudés de part et d’autre aux hauts buildings scintillants et de métamorphoses vitrées, recevant de plein fouet le clinquant des façades rutilantes. De la profondeur, il a perdu les illusions, il se tient haut cependant et surveille cet immense carrefour et les voyageurs qui le parcourent, trop pressés pour l’apercevoir. Mais il ne les blâme pas. Et je crois que son regard se perd de l’autre côté, vers la mer. Ah, la mer !… Et cette largesse d’horizon… Et ses départs et retours !

Mais avant de terminer l’histoire de cet arbre, permettez-moi une petite digression. Je voudrais revenir en arrière et retrouver la périphérie. L’autre jour la circulation était telle, que j’ai été déversée dans une très grande avenue. Et vous savez comment elle s’appelle ? Oum Errabia. Rien que ça, une avenue qui part de l’entrée de Casa pour se jeter dans la mer. Ils ont parfois de la suite dans les idées les urbanistes, d’autant que tout ça n’étaient avant que des champs libres. Et vous savez quoi ? Même le boulevard Zerktouni est affluent de mer. Un grand nom pour un grand boulevard, qui part du cœur de la vieille ville pour aboutir en mer. On trouverait de l’ironie dans cela aujourd'hui, un coup de pied à la grande histoire. Surtout si on se rappelle la politique des barrages, et comment sauvegarder nos richesses naturelles… et humaines.

Mais c’est tout un autre sujet. Revenons donc à notre arbre chétif. Car il est rachitique à première vue : il est tout mince pour un arbre de son âge, les ramures ont quitté son flanc, ses pointes bourgeonnent néanmoins et ses feuilles sont grises dès la naissance. Je le vois à chaque fois que je vais à Casa. Je le garde dans un coin de ma mémoire et suis avec attention son évolution. Je crois bien qu’à lui seul il représente la théorie de l’évolution. Dans un milieu hostile, il a appris à s’adapter.

Et voilà où je voulais en venir en ce début de récit. Pour moi, l’histoire de Casa est un peu aussi l’histoire de cet arbre. Elle s’adapte, mais ne perd pas espoir en ses jeunes pousses… et garde des racines bien profondément ancrées au sol. Les Casablancais devraient aller le visiter, juste pour s’assurer de ce que je dis et me le surveiller de près… Ils pourraient aussi s’en inspirer un peu. Juste un petit peu, pour se faire aussi stoïques et prendre les choses avec hauteur. Pour d’autres choses encore, mais voilà que je me perds de nouveau, et je vais revenir au Casa de mon enfance et au quartier de mon école. De mes écoles, de tous les endroits où j’ai reçu un enseignement ou un autre. Du sandwich au thon du Habous, qui n’avait de thon que le nom d’ailleurs, au grand parc des Nations Unies et les kermesses qui se tenaient là parfois. Mers Sultan, Commandar Provo, Benjdia, le conservatoire national de musique et de danse et le théâtre du boulevard de Paris … Toutes ces pépites parsemées ici et là, dont les unes subsistent, et les autres gardent la place immense et irremplaçable de l’absent. Des absences qui sont assises-là, gigantesquement accrochées au fil arachnoïde d’une mémoire encore vivante. Funambules qui cherchent un équilibre. Entre passé et présent…

Ce sera peut-être dans un autre épisode…

Carnet de voyages, Casablanca

©Meriem Hadj Hamou

 

Texte publié sur FB et sur mon blog en 2018. En cours de réécriture et développement depuis déc 2020. La photo est du lycée Al Khansa à mers sultan.

lundi 7 mai 2018

Nouvelle étape dans l'écriture



Mes très chers amis et membres de famille,
Chers lecteurs et followers …
L’aventure de la publication de l’écriture a commencé par vous. Je ne cache pas que cela a été une très grande étape dans ma vie. Une sorte de liberté que je tâtais à peine, et dont je ne ressentais pas encore toute la portée. C’était un long chemin, et en même temps l’aboutissement de quelque chose que je recelais au fond de moi depuis de très nombreuses années. Je ne faisais pas que les ressentir d’ailleurs, je les écrivais, mais n’avais pas le courage de les mettre en lumière.
Aujourd’hui, plus que jamais, je pense aux mots d’André Malraux qui a dit que la liberté appartient à ceux qui l’ont conquise. Je pense que j’en ai conquis une part, et que cela me donne déjà le vertige. Elle est un état d’esprit finalement, et j’ai évolué et progressé dans ce sens…
En écriture également. Et cela, en grande partie grâce à vous. A vos remarques, appréciations et vos encouragements…. Mon blog "Les mots en filigrane" a gagné ses lettres de noblesse par tous ses followers, et a pu intégrer l’application nationale Maroc-Blog. A chaque évolution de mon écriture, à chaque avancement, je vous ai tenus informés. Et c’est dans cet esprit-là que j’écris ce billet.
Alors voilà. Beaucoup d’entre vous m’ont envoyé des messages me demandant la raison pour laquelle j’ai retiré certains de mes écrits qui étaient publiés sur le blog, ainsi que sur facebook. On m’a demandé aussi pourquoi je diffusais moins de textes qu’avant. Et la raison est que d’une part j’ai été très occupée à retravailler ces écrits et à en écrire de nouveaux, et que d’autre part une maison d’édition va bientôt publier un recueil de mes poèmes.
Par ce billet, je voulais vous remercier chaleureusement et vous rendre hommage. Il a été difficile pour moi de trouver un équilibre entre la confidentialité de l’épanchement du cœur, et le narcissisme et même parfois la sorte de vanité, qui entourent toute publication… Entre mes devoirs de mère de famille, et ceux relatifs à mes diverses occupations sociales et professionnelles.
Vous me connaissez suffisamment maintenant pour savoir que je parle avec sincérité, et que c’était un combat quotidien. Je ne prétends pas que je l’ai gagné, je ne prétends même pas que le recueil, qui sera bientôt publié, changera quelque chose à ma vie, ou à ceux et celles qui le liront. Mes écrits sont très souvent dans le témoignage, et s’ils peuvent donner le sourire, s’ils peuvent imprimer de belles impressions dans les esprits, ou bien que des personnes se retrouvent dans leurs expressions et idées… s’ils peuvent au moins donner l’envie d’écrire, ou de pratiquer et partager n’importe quelle activité artistique ou hobby… et je me sentirais déjà très heureuse de réussir ce petit quelque chose.
Le recueil sera intitulé "En filigrane ", en hommage au blog qui a libéré ma parole, mais également pour toute la notion de filigrane que la poésie comporte. J’ai ciselé ses textes avec soin, comme l’artisan orfèvre que je prétends être. Et j’espère qu’il vous plaira.
Je vous promets aussi de poursuivre dans cette voie, et de reprendre l’écriture, ou la réécriture, des romans et nouvelles déjà entamés.
Enfin, je voudrais vous dire que je suis toute en reconnaissance et gratitude,
Et vous remercie infiniment.

jeudi 3 mai 2018

La couleur de l'amour



Comment expliquer la sensation qui m’a saisie ce jour-là ?
Mes yeux se sont ouverts sur une étoile aussi brillante que divine. De la lumière a éclaté dans mon être, elle était si blanche et intense que j’ai cru m’évanouir. Elle était d’une essence sublime et dans le même temps d’une composition si fragile… comment en parler sans être ridicule ?
Un sentiment si humain, si commun… et qui pourtant m’a happé comme un rêve impossible qui se réalisait enfin… Une ferveur et une fulgurance de responsabilité et de reconnaissance… Un enlacement d’affection pour la terre entière. Je suis devenue vulnérable depuis ce jour où j’ai reconnu la couleur de l’amour… 
Écrasée par mon humanité, et par ce sentiment de maternité.

لَونُ الحبّْ
كيفَ أفسِّرُ ذلكَ الإحساسَ الذي غمرني ذاتَ يوم؟
تفتَّحَتْ عينايَ عن نجمةٍ ساطعةٍ بِنورٍ إلهي . في كياني تفَجَّرَ نور باهرٌ، كادَ مِنْ بياضه أن يُغمى عليّ. كان ذا سُمُوٍّ وهشاشةٍ في آنْ...كيف بوُدِّي، خَشيةَ هُزْءٍ، أنْ أحْكِيَه؟
إحساس إنساني، مَنْ منا لا يعرفه...ومع ذلك انْقضَّ عليَّ مثلَ حلمٍ مستحيل أخيراً يتحقَّقْ...زَخَمٌ صاعقٌ مِنْ مسؤوليةٍ وعِرفانْ...أَحضُنُ الْأرضِ بِرِفْقٍ، كلَّ الأرضِ. هشاشةٌ أَلَمَّتْ بي منذ ذلك اليوم الذي عرِفتُ فيه لونَ الحبّْ...
أرزحُ مِنْ إنسانيتي،
وأرزَحُ مِنْ تلكَ الأُمُومَهْ.

ترجمة محسن غيلان

lundi 26 février 2018

Murmure d'un printemps à venir,



Murmure d’un printemps
A venir,
Soupirs d’âme :
Je respire intensément
Pour extraire la floraison
Des bourgeons pourpres.