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Artisan orfèvre des mots, spécialisée dans le filigrane.

samedi 17 décembre 2016

Tribune : Qu'il en soit ainsi.

http://www.huffpostmaghreb.com/meriem-h-hamou/guerre-syrie-irak_b_13707342.html


Quand tout cela sera terminé, il restera les odeurs. Celles du sol cramé, du soufre et du napalm. Celles des champs labourés par le mazout des tanks et les cartouches des mitraillettes.
Quand tout cela sera terminé, l’odeur nauséabonde des corps putréfiés remontera, engloutira la ville, et étouffera les soldats qui l’ont envahie et leurs commanditaires. Peu importe qu’ils partent, elle les poursuivra. Elle s’immiscera partout. Sous leurs draps et leurs revers de manches, dans leurs cheveux et même dans leurs rêves. Elle les hantera.
Ils ne s’en débarrasseront pas. Elle sera là pour leur rappeler qu’ils ont attaqué une ville paisible et en ont fait un champ de ruine. Pour qu’ils se remémorent les innocents tués, les femmes abusées, et les orphelins. Et quand ils rentreront, ils se souviendront que le théâtre sur lequel ils s’activaient ressemble à leur maison, et que la cité qu'ils ont profanée est semblable à la leur. Ils ne dormiront plus jamais. Leur sommeil sera entaché par leurs méfaits, et de la crainte de la riposte. Ils sombreront dans la folie, c’est tout ce que je leur souhaite.

Quand tout cela sera terminé, les rescapés remonteront des décombres. Les réfugiés reviendront et il sera temps de reconstruire. Ils le feront dans la douleur, dans la résignation et la clairvoyance. Les mères donneront naissance, laisseront leurs enfants jouer dehors, et pleurer parfois. Elles essuieront les larmes avec leurs pans de robes et s’attelleront à leurs tâches.
Les survivants planteront de nouveau, extrairont de la terre ce qu’elle peut encore donner, et, au milieu des débris, un olivier pourra même fleurir. Quelques plantes embelliront les balcons, leur senteur sera si forte qu’elle cachera les mauvaises odeurs. Les souffreteux respireront enfin, sans avoir envie de vomir. Et petit à petit, on érigera un monument à la mémoire des victimes, pour que plus jamais cela ne se reproduise.

L’espoir renaîtra, car c’est ainsi, l’homme est un éternel optimiste qui se projette dans l’avenir. Et parce qu’il n’entendra plus les déflagrations, ne sentira plus l’odeur de la poudre, il croira que c’est terminé. Mais ce n’est jamais fini, la guerre s’est seulement déplacée et peut revenir. Le grain de folie a germé dans un autre endroit, mais ses racines sont encore sous terre. La guerre est un éternel recommencement depuis la nuit des temps, depuis Abel et Caïn.
Nous ne tirerons pas la leçon, pas plus que ne l’ont fait nos prédécesseurs. Les vautours chercheront de nouvelles victimes et ils les trouveront, il y aura toujours des innocents qui perdront la vie et des loups qui les dépèceront. L’histoire de l’humanité va ainsi : un cycle se termine, un autre commence. Les hommes n’auront jamais fini de déclencher les conflits, ni les combats de multiplier le nombre de victimes collatérales. Nous nous indignerons de nouveau quand ils seront proches, et les ignorerons lorsque leur cause ne nous touchera pas.
Au plus profond de nos cœurs, nous espérons seulement que le malheur restera loin de chez nous, et que la fragrance des fleurs de nos champs embaumera éternellement l'air de nos foyers. 
Qu’il en soit ainsi, c’est ma prière.